BFM

"La French": qui était le juge Michel?

BFM M. R. avec AFP
Le juge marseillais Pierre Michel procède le 12 octobre 1979 à Marseille à la reconstitution de la fusillade du Bar du Téléphone

Le juge marseillais Pierre Michel procède le 12 octobre 1979 à Marseille à la reconstitution de la fusillade du Bar du Téléphone - Gérard Fouet - AFP

Le film "La French", en salles ce mercredi, raconte l'histoire de la French Connection, mêlée à celle du juge Michel, assassiné en 1981. Voici la vraie histoire de la French Connection.

Volontiers cassant avec ses "clients", frôlant parfois la ligne jaune, caustique et chambreur avec ses proches, le juge Pierre Michel - incarné par Jean Dujardin dans La French - avait fait de la lutte contre la criminalité à Marseille sa "croisade". 

"KO debout"

Son assassinat à l'âge de 38 ans par deux hommes à moto en pleine rue, le 21 octobre 1981 à l'heure du déjeuner, a achevé de faire de lui un symbole du combat contre le trafic de drogue et la pègre, à une époque où Marseille était encore une des plaques tournantes du trafic mondial d'héroïne.

"Ce jour-là, j'ai été mis KO debout", raconte Louis Bartolomei, à l'époque substitut du procureur à Marseille et très proche du juge. "Je me souviens de comportements totalement irrationnels de ma part", poursuit celui qui promet alors de faire "rendre gorge aux assassins", un "cri de vengeance" qu'il regrette aujourd'hui.

"Fort en gueule"

Le soir, les journaux télévisés ouvrent sur l'image du juge chevauchant encore sa propre moto, couchée au pied d'un platane, devant la Cité radieuse, l'immeuble construit par Le Corbusier. Marié et père de deux filles, Pierre Michel est le deuxième juge assassiné en France depuis la Libération, après François Renaud, tué à Lyon en 1975.

Cette image, Pierre Michel, originaire de la région de Metz et nommé juge d'instruction à Marseille fin 1974, la doit à son intransigeance face notamment aux trafiquants de drogue: "Il a mené ce combat comme une croisade", estime Etienne Ceccaldi.

Ses méthodes détonnent dans une ville où les limites sont alors parfois floues, où certains truands ont pignon sur rue et où le mélange des genres est parfois difficile à éviter. Sur les épaules de Pierre Michel pèsent en outre le poids d'une hiérarchie judiciaire "qui lui mettait parfois des bâtons dans les roues" et la "haine intestine" entre les syndicats de magistrats USM et SM, pointe Louis Bartolomei. 

"Ligne jaune"

"C'était un excellent juriste, mais il était fort en gueule", reconnaît Sophie Bottai, une avocate marseillaise. Pierre Michel n'hésite pas à mettre en détention provisoire les épouses de malfrats: c'était alors inédit et "ça lui a valu des haines dans le milieu", pointe Etienne Ceccaldi, un des "juges rouges du Syndicat de la magistrature dont se rapprochera Pierre Michel.

"La nature ayant horreur du vide, il y a eu des magistrats qui se sont comportés de temps en temps en étant plus 'flics' que les policiers", se souvient Louis Bartolomei: "Michel avait de temps en temps des indicateurs, alors que c'est plutôt le rôle des policiers".

"Il donnait l'impression de mener un combat personnel", se souvient Pauline Cherki, qui couvre alors les affaires judiciaires pour l'AFP à Marseille: "C'était quelqu'un d'extrêmement humain, il ne supportait pas la déchéance des drogués". Grâce à ses méthodes, et même s'il "frôlait parfois la ligne jaune", comme le dit Me Bottai, les résultats du juge sont indéniables: à une époque où l'héroïne fait des ravages, il démantèle notamment plusieurs laboratoires de transformation, fait incarcérer des dizaines de trafiquants.

Liberté conditionnelle 

Près de cinq ans après son assassinat, deux d'entre eux sont finalement "balancés" comme les commanditaires du meurtre. Les deux sont condamnés à perpétuité: libéré pour raison de santé, l'un est depuis retombé dans une autre affaire de stupéfiants, l'autre, condamné par contumace, n'a jamais été retrouvé.

Condamnés eux aussi à perpétuité, Charles Altieri, qui pilotait la moto, et François Checchi, qui a abattu le juge, sont sortis de prison à l'automne, bénéficiant l'un d'un régime de liberté conditionnelle, et l'autre de semi-liberté.