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Effets spéciaux, moralisme, scénario... on a comparé les deux versions de "L'Homme qui rétrécit"

BFM Estelle Aubin
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Soixante-huit ans après, Jan Kounen adapte ce classique de la science-fiction de Jack Arnold, avec Jean Dujardin aux avant-postes. Mais ne parvient pas à se hisser à la hauteur de son aîné.

Chez Jan Kounen, l'image s'ouvre sur la Terre, le ciel, cette "force de l'univers dont on est ignorant", dixit la voix off. Puis le héros Jean Dujardin, grand et puissant, apparaît à l'écran, bravant seul, en mer, un tourbillon. Il y a soixante-huit ans, Jack Arnold commençait son film, devenu un classique de la SF hollywoodienne, non pas avec l'au-delà, mais avec un couple enlacé à bord d'un bateau, au milieu des flots, guetté par le brouillard quand madame va chercher la bière de monsieur.

Simple différence de forme ou réelle volonté de ne pas calquer son aîné et de situer son œuvre ailleurs, près des forces pures du cosmos? À l'occasion de la sortie du remake de Jan Kounen, avec Jean Dujardin et Marie-Josée Croze, en salles ce 22 octobre, la rédaction de BFMTV.com livre le match, point par point, de ces deux variations de L'Homme qui rétrécit. Toutes deux sont adaptées du roman éponyme de Richard Matheson, publié en 1956.

Scénario plutôt fidèle

Si les deux films ne commencent pas exactement sous les mêmes auspices, le script de L'Homme qui rétrécit version 2025 suit plutôt fidèlement celui de Jack Arnold. À chaque fois, il y est question d'un homme, Paul - Jean Dujardin chez Kounen donc, et Grant Williams chez Jack Arnold -, contaminé, qui rétrécit peu à peu, jusqu'à devenir poussière, ou presque.

Jusqu'alors, il menait avec sa femme une vie paisible dans une maison cossue - moderne et avec vue sur mer chez le premier, plus vintage et pavillonnaire chez le second. Dans la version contemporaine, il a aussi une fillette, surjoue le bonheur conjugal, danse, prépare le repas du soir et refuse d'enchaîner les examens médicaux quand son rapetissement pointe le bout de son nez.

Mais dans les deux films, une fois l'introduction mielleuse passée, Paul, en plein rétrécissement, s'isole peu à peu, se laisse aller à son triste sort et s'éloigne de son épouse - chez Kounen, cela frôle la caricature. Dans la version de 1957, le héros décide néanmoins de parler à la presse et de relayer sa triste histoire. Il sort aussi de chez lui, passe une tête dans une foire, rencontre une naine, qui lui donne un temps le sentiment d'être "normal". Il attend aussi qu'un traitement le guérisse. L'espoir rôde.

Puis, à chaque fois, à mi-parcours, le héros, réduit à vivoter dans une maison de poupée, est attaqué par un chat. S'enferme malgré lui dans sa cave et disparaît de la surface. Paul, seul, lutte alors pour sa survie, affronte des insectes et une araignée. Le remake ajoute aussi une scène dans le bocal d'un poisson rouge ou une autre dans les rainures d'une table.

Complètement dépolitisé

Le film de Jan Kounen frappe surtout par son absence de fond et sa manière, explicite et délibérée, de dépolitiser la version inaugurale. Le cinéaste français explique le rétrécissement de Paul par une mystérieuse contamination venue du cosmos tandis que chez Arnold, celle-ci est liée à l'effet des insecticides et des radiations nucléaires. Le pamphlet contre la norme et l'uniformisation est lui aussi évincé du remake.

En guise de morale existentialiste, L'Homme qui rétrécit version 1957 semble vouloir nous montrer à quel point la vie a un sens ("J'ai compris le mystère de l’infini, ma réflexion s’était [jusqu'alors] arrêtée à la dimension limitée de l’homme. J’avais abusé de la nature. C’était la conception de l’homme qui voulait que l’existence ait une fin. Toute cette vaste et majestueuse création devait avoir un sens (…). Oui, si petit que j’étais, j’avais un sens", clame la voix off du protagoniste à la fin du film).

Chez Kounen, la lecture est tout autre. Plus moraliste, plus sentencieuse, plus nihiliste aussi. Il nous dit que la vie n'a pas de sens et que nous sommes, nous autres humains, de simples poussières toujours insatisfaites et égocentrées. "Il suffit de regarder le ciel pour se sentir tout petit, on est infime et on appelle ça 'une vie", on se raconte des histoires", lance d'emblée la voix off, rauque et péremptoire, incarnée par Jean Dujardin.

Jean Dujardin et Marie-Josée Croze dans "L'Homme qui rétrécit" de Jan Kounen
Jean Dujardin et Marie-Josée Croze dans "L'Homme qui rétrécit" de Jan Kounen © Universal Pictures France

Puis, tout au long du film, celle-ci surgit et déclame des phrases aussi creuses et vaniteuses - sorties d'un manuel de bien-être? - que: "On regrette le temps d'avant, celui-là qu'on voulait changer", "Quoi qu'on fasse, nos vies ne ressemblent que si peu aux histoires qu'on se raconte, nos vies décident pour nous", "Même quand on a tout pour être heureux, on s'agite encore", "La seule solution pour ne pas subir, c'est agir". Et clou du spectacle: "Ce sera ça ma vie, un combat perdu d'avance".

Reste que les effets spéciaux du remake d'Universal, crédité d'un budget de 21 millions d'euros selon le CNC, soit le septième film tricolore le plus cher en 2025, sont largement plus performants et plus efficaces que dans la version de 1957. Ils sont plus crédibles, favorisent les jeux d'échelle, amplifient les scènes d'action et d'horreur. Mais ne compensent guère, voire créent une image bien trop léchée et fade.