"Respectez vos parents": Saint-Denis sous haute tension après la mort violente de deux jeunes

À trois jours d'intervalle, entre le 17 et le 20 janvier, Saint-Denis a dû endurer deux drames d'une violence inouïe. Mercredi, Sedan, un adolescent de 14 ans, était poignardé à mort à la station de la ligne 13, Saint-Denis-Basilique.
Le suspect, mis en examen, a d'ailleurs admis "avoir déjà eu des différends avec un groupe de personnes, dont la victime", précise le procureur de Seine-Saint-Denis Éric Mathais. Ce dernier précise que "l'enquête de flagrance pour homicide volontaire se poursuit activement".
Un peu plus tôt dans la journée, Farid était agressé devant son lycée alors qu'il s'apprêtait à passer une épreuve de bac blanc, une "expédition punitive" selon un communiqué de la ville. Trois jours plus tard, le jeune homme de 18 ans succombait de ses blessures à l'hôpital Beaujon de Clichy.
"C'est un acte froid, rapide. Le jeune homme entendait passer son épreuve. Quelques individus sont sortis d'une voiture et l'ont frappé très violemment en repartant ensuite. Aucun motif ne peut justifier la mort lorsqu'on se rend à son lycée", déplore Gwenaëlle Badufle-Douchez, adjointe à la mairie de Saint-Denis, sur le plateau de BFMTV.
Si aucun lien entre ces deux faits n'est établi dans l'immédiat, ces deux morts violentes se produisent sur fond d'affrontements entre jeunes de différents quartiers depuis plusieurs jours. Selon Anouck Fourmigué, commissaire de Saint-Denis, une dizaine de rixes ont été recensées entre le 12 et le 18 janvier, entraînant la garde à vue de 36 personnes.
Éric Coquerel réclame plus de travailleurs sociaux
"Les raisons sont clairement multiples. C'est ce qui rend les choses difficiles. Aujourd'hui, on peut sortir un couteau ou une batte de base-ball pour un rien", constate David-Olivier Reveroy, secrétaire national du syndicat Alliance.
"La difficulté, c'est évidemment de retrouver les auteurs, mais aussi d'avoir des explications", résume-t-il.
Le député Insoumis du secteur, Éric Coquerel, va aussi en ce sens. "Les rixes peuvent partir de raisons mineures. Après, il y a un entraînement de groupe où les réseaux sociaux jouent un rôle. Il y a aussi un armement supérieur. C'est un phénomène qui se développe", explique-t-il. "Sur le long terme, il faut plus de formations et de prévention pour éviter ça. Embauchons des travailleurs sociaux, mettons plus de moyens dans les écoles", a poursuivi Éric Coquerel.
Un arrêté anti-regroupement pris par la ville
Dans ce contexte ultra tendu, la famille de Sedan, 14 ans, appelait au calme lors du rassemblement organisé en la mémoire de l'adolescent, samedi 20 janvier.
"Je demande à tout le monde, à tous ses amis, pas de violence, pas de vengeance! Pas au nom de Sedan, pas au nom de Saint-Denis, pas au nom d'un quartier qu'on s'approprie!", a exhorté son grand frère Mory.
"Un petit frère, un fils, a perdu la vie. A 14 ans, écoutez bien, 14 ans. Je vous appelle à respecter vos parents, à écouter, à ne pas faire de bagarre, à ne pas être violents, parce que souvent ça se termine mal!", a-t-il insisté, gravement.
Le 18 janvier, la ville de Saint-Denis a pris un arrêté "anti-regroupement" en vigueur jusqu'au 22 janvier. Avec ce texte, a police dispose désormais de moyens juridiques pour disperser tout rassemblement qui viserait à organiser des confrontations entre bandes. Une dizaine d'équipages de police nationale supplémentaires vont aussi être déployés.











