Paris: les terrasses éphémères feront leur retour mais sous conditions, des riverains déjà inquiets

Après de longues semaines de grisaille, les quelque rayons de soleil qui ont essaimé le ciel samedi ont sans doute redonné aux Parisiens la nostalgie des terrasses éphémères. Si la saison estivale s'inscrit encore loin à l'horizon, les gérants de bars et les restaurateurs de la capitale s'y préparent. Ils avaient jusqu'à lundi pour déposer leur demande d'extension de terrasse sur la voie publique, pour une installation du 1er avril au 31 octobre.
Plusieurs milliers de dossiers ont été transmis aux différentes mairies d'arrondissement. Tous ne seront pas retenus. En cause: une fermeté plus prononcée de la part des élus locaux. Sur la base d'une batterie de critères, ces derniers peuvent notamment décliner les installations jugées encombrantes ou non-esthétiques.
Cyril Hammouche, gérant du Merle Moqueur, dans le 13e arrondissement, a d'ores et déjà vu sa demande rejetée. Celui qui "a perdu deux tiers du chiffre d'affaires depuis l'enlèvement de la terrasse" craint "une concurrence déloyale" avec les autres établissements de sa rue. Il s'interroge: "On ne comprend pas pourquoi pour une année oui et pour une année non".
Dans "le bons sens"
Michel Lironis, patron d'un restaurant situé dans la rue Mouffetard, est en attente d'une réponse de la mairie du 5e arrondissement. "On pense qu'on va l'obtenir, dit-il, confiant. Sans l'obtenir, il faut changer de métier." Il plaide cependant pour une amplitude horaire élargie: "Il faut quand même que ce soit prolongé jusqu'à minuit-11 heures. Jusqu'à 10 heures, ce n'est pas possible de travailler".
Peu probable qu'une telle demande aboutisse face à la pression des associations de riverains. "On a eu des collectifs qui se sont manifestés l'été dernier, se souvient Jean-Pierre Lecoq, maire Les Républicains du 6e arrondissement, au micro de BFM Paris. J'ai cité deux rues particulières: la rue Bréa et la rue Mazarine et, là, nous avions eu des remarques. Nous en avons tenu compte cette année dans l'émission de nos avis."
Vivre Paris fait partie des collectifs qui portent la voix des riverains. Gilles Pourbaix, président du réseau, estime que la démarche des mairies va dans le "bons sens", "puisque les maires d'arrondissement sont les plus proches des demandes de terrasses". Mais il considère "totalement irréaliste" le traitement des dossiers avant la date butoir de début mars. Gilles Pourbaix avance le chiffre de "10.000 demandes de terrasses déposées", un chiffre non confirmé par la mairie de Paris.
"De la régulation" pour cette année
Après un été 2021 qu'il dépeint comme "absolument catastrophique", avec "de nombreux trottoirs impraticables" et des "nuisances sonores", Gilles Pourbaix et Vivre Paris ont déposé deux recours contre la mairie et la préfecture devant le tribunal administratif, dénonçant notamment "un usage non-contrôlé de l'espace public au service de la 'fête' et du tourisme de masse".
Pour cette nouvelle année, le président du réseau demande une stricte application du règlement, des contrôles et des sanctions. La mairie promet de son côté d'être attentive.
"L’année dernière, nous avons agi pour la survie des restaurateurs. Cette année, nous voulons pérenniser donc cela passe par de la régulation, assure dans Le Parisien le cabinet d'Olivia Polski, maire-adjointe en charge du commerce. Nous connaissons bien les points de crispations sur les différents lieux des arrondissements. Nous serons équilibrés dans nos décisions. Chaque situation sera étudiée. Nous avons demandé aux maires d’arrondissement de justifier leurs éventuels refus de manière objective", explique en outre la municipalité.
Tout juste déployée, la police municipale assurera en partie cette charge, promet la mairie. Mais là encore, "on n'y croit pas du tout" du côté de l'association de riverains.
"La police municipale, d'abord, est très peu nombreuse (154 agents en octobre dernier, ndlr). C'est juste un concept pour le moment", développe Gilles Pourbaix. Et d'ajouter: "Il faudrait aussi qu'elle travaille aux horaires où les problèmes commencent à se poser. À savoir après 22 heures et jusqu'à 2-3 heures du matin."
Le règlement "a vocation a être appliqué strictement", insiste de son côté la mairie dans Le Parisien. Et précise que, comme l'année dernière, les riverains pourront effectuer des signalements dans l'application Dans ma rue ou appeler le 3975, en lien avec la police municipale.











