Paris: des associations craignent une "répression" des travailleuses du sexe lors des JO

Des travailleuses du sexe dans le quartier de Belleville, à Paris, en 2020. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Elles dénoncent une "désinformation" et une hausse de la répression démagogique. 18 associations et syndicats, dont le Syndicat du travail sexuel (STRASS), Act Up-Paris, le mouvement Saccage 2024 ou encore la section francilienne de Médecins du monde, ont publié mercredi 6 mars un rapport faisant état d'un "confinement social pour les travailleuses du sexe" en amont des Jeux Olympiques de Paris cet été.
Ils y dénoncent les responsables politiques, autorités et médias qui annoncent une augmentation massive des activités de sexe tarifées à l'occasion des JO et qui prônent en conséquence une augmentation de la lutte contre ces activités.
"Une baisse du nombre de clients"
Selon le rapport, qui se base sur des travaux universitaires et militants faits sur les JO de Rio, de Londres, d'Athènes ou encore la Coupe du monde rugby 2023, notamment à Lyon, il n'existe "aucune preuve d'une augmentation" du travail du sexe ou de la "traite à des fins d’exploitation dans le commerce du sexe", dans le cadre de "grands évènements" comme les JO.
"Des travailleuses du sexe ont signalé une baisse du nombre de clients lors de grands événements sportifs", a précisé Esther Shannon, membre de FIRST, un groupe de travailleurs du sexe et membre de l'Alliance mondiale contre le trafic de femmes, citée dans le rapport.
"Selon les travailleuses du sexe qui exercent en rue à qui nous avons parlé, les clients sont restés à l’écart en raison des préoccupations concernant la fermeture des rues, la présence générale de la sécurité et les foules massives qui se rassemblaient quotidiennement dans la ville", détaille-t-elle.
Risques d'expulsions
Dans le cadre des JO 2024, associations et syndicats dénoncent notamment la mise en place de protocoles entre le gouvernement et Airbnb pour lutter contre la location de logements qui pourraient être utilisés pour du travail du sexe, ainsi que contre les hôtels de passe qui a été observée dans d'autres événements.
Ces mesures, additionnées à la lutte contre le sexe tarifé dans la rue (dans des camionnettes par exemple), font que les travailleuses se rabattent sur la location d'appartements classiques. Problème: par peur d'être dénoncées et donc expulsées de ces appartements voire de France, elles se restreignent de "crier, d’appeler la police et de porter plainte" en cas de danger.
Au cours des derniers mois, des travailleuses ont également fait état d'une intensification des de l'activité policière, des amendes voire arrestations, avec des agents expliquant qu'elles commettraient un délit de racolage, pourtant abrogé depuis 2016, ou alors qu'elles ne pourront pas travailler durant les JO, alors que seul le client peut légalement être pénalisé aujourd'hui.
Précarisation accrue
Par ailleurs, selon le rapport, les mesures "anti-prostitution" mises en place ou renforcées dans le cadre des JO précarisent encore plus des femmes souvent en situation de pauvreté. Elles ont plus souvent besoin faire appel à un tiers pour pouvoir pratiquer leur activité, ce qui leur fait perdre une partie de leur revenue en plus de les placer dans des situations où elles risquent d'être escroquées et/ou violentées, en particulier celles qui ne parlent pas ou maîtrisent peu la langue française.
"Si les politicien·nes propagent aussi le mythe de la 'hausse de la prostitution', c'est parce que celui-ci leur permet de se donner une bonne image à moindre frais", dénoncent associations et syndicats, critiquant aussi "une panique morale médiatique qui permettra aux rédactions de faire un 'buzz' qui leur assurera une forte audience".
Selon les défenseurs de la lutte contre le travail du sexe, aussi appelées "abolitionnistes", les femmes qui le pratiquent sont nécessairement exploitées, par une proxénète ou par le système patriarcale, et il ne peut de ce fait y avoir de prostitution éthique ou respectueuse des femmes.
La liste intégrale des associations et syndicats ayant produit le rapport:
"Les Jeux olympiques et paralympiques - Un confinement social pour les travailleuses du sexe", Acceptess-T, ActUp-Paris, Association des allié(e)s des TDS, BORD!EL, Cabiria, PASTT, PDA, STRASS, Grisélidis, Chardon Ardent, Collectif des Femmes de Strasbourg Saint-Denis, Fédération Parapluie Rouge, AIDES - Région Ile de France, Saccage2024, Les Roses d’Acier, Les Pétrolettes, Paloma, Médecins du Monde – Délégation Ile de France.











