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Comment les journalistes météo adaptent leur vocabulaire face au réchauffement climatique

BFM Hugues Garnier et Salomé Robles
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Canicule, sécheresse, événements climatiques extrêmes... face à l'urgence climatique, les bulletins météo ne sont plus uniquement des indicateurs du beau temps et du mauvais temps mais également de l'état du climat.

Ils sont des témoins directs de l'accélération et l'aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes. "La prise de conscience du réchauffement climatique, elle passe par nous [les journalistes météo]", a lancé Marc Hay, journaliste météo de BFMTV, ce mardi, alors qu'une vague de chaleur précoce commençait à se propager en France.

Moment très suivi à la télévision, le bulletin météo est une occasion de diffuser des connaissances sur le dérèglement climatique et d'alerter sur la gravité du phénomène et plus uniquement d'informer sur la manière de s'habiller le lendemain ou les activités à faire le week-end prochain.

"Les présentatrices et présentateurs météo ont un rôle à jouer", expliquait Jean Jouzel, paléoclimatologue membre du Giec, en juin 2021, à l’occasion du Forum international de la météo et du climat. Face à la situation, de nombreux journalistes météo adaptent leur ton et leur vocabulaire.

"La France va cramer"

Il y a huit ans, en 2014, Évelyne Dhéliat présentait sur TF1 un faux bulletin météo "du futur" daté de 2050 et basé sur des prévisions scientifiques liées au réchauffement climatique. La séquence vidéo fait le tour des réseaux sociaux. Preuve d'une volonté d'alerter et de sensibiliser les téléspectateurs à travers le bulletin météo.

De la même manière, en 2019, le quotidien britannique The Guardian est lui devenu le premier journal à publier, en plus des prévisions météo, des informations quotidiennes sur les émissions de CO2 dans le monde. Les phénomènes météorologiques exceptionnels en été, parfois salués pour leur durée, sont désormais redoutés.

"Il faut qu'on change notre manière de parler de ça [dérèglement climatique]", explique ainsi Marc Hay. "J’ai décidé d’arrêter d’utiliser mon ton habituel. Par exemple, il faut que les gens comprennent que la France va clairement cramer cette semaine", met-il en garde.

"Le beau temps des uns c'est le mauvais temps des autres"

Premier signe de ce changement de cap, la disparition progressive du concept de beau temps et de mauvais temps. "Le beau temps des uns c'est le mauvais temps des autres", a ainsi expliqué Laurent Romejko, journaliste et présentateur de "Météo à la carte" sur France 3, à BFMTV en mai dernier.

"Il faut remettre les choses dans le contexte. Dans mes bulletins météo, j'évite vraiment de dire qu'il ne fera pas beau, qu'il fera beau", confie Virgilia Hess, journaliste météo à BFMTV.

Au placard donc la carte postale avec les images de plages et de lunettes de soleil pour illustrer de fortes chaleurs, surtout lorsqu'elles sont inhabituelles ou précoces. Plus question de ne s'adresser qu'aux vacanciers. "Il faut penser aux agriculteurs", poursuit Virgilia Hess. De la même manière, les journalistes météo ont aussi pour défi de montrer que les épisodes de pluie peuvent également être positifs pour l'environnement, pas de "mauvais temps" donc.

Rôle éducatif et explicatif

Pour Jean Jouzel, les journalistes météo ont un rôle important à jouer dans "l’éducation des citoyens par rapport à l’urgence d’agir pour préserver la santé de notre planète". "Il faut que les gens se rendent compte que ce qui est en train de se passer", abonde dans le même sens Marc Hay.

Ils ont ainsi un rôle explicatif important. À titre d'exemple, Laurent Romejko veille à expliquer dans ses bulletins météo que lors d'épisodes de sécheresse, les pluies orageuses "ce n'est pas de la pluie qui s'infiltre mais qui ruisselle, tombe abondamment et en forte quantité. Cela ne règle qu'un peu la sécheresse de surface".

Climat vs météo

À tout cela s’ajoute également un autre défi pour les journalistes météo: la confusion souvent faite entre météo et climat, dont se nourrissent les théories climatosceptiques. La météo fait référence aux conditions quotidiennes de l’atmosphère tandis que le climat lui décrit les conditions atmosphériques moyennes sur plusieurs années.

On se souvient, par exemple, de la réaction de Donald Trump face à une vague de froid en 2019 aux Etats-Unis qui s'était fendu d'un tweet: "Que diable se passe-t-il avec le réchauffement climatique? S’il te plait reviens, vite, nous avons besoin de toi!"

Lors des vœux du passage à l'année 2022, Kévin Floury, journaliste météo de BFMTV avait souhaité "que cette année météorologique soit la plus proche possible des normales de saison". En effet, il venait de se dérouler une météo d’une douceur exceptionnelle, avec de nombreux records de chaleur mensuelle battus, pas de quoi se réjouir pour un mois de décembre.