BFM Marseille

Procès de la rue d'Aubagne: des premiers signalements effectués 15 ans avant le drame

BFM Marseille Chloris Ploegaerts, avec Alexis Lalemant
placeholder video
Téléchargez la nouvelle application BFM
L'état d'insalubrité des bâtiments de la rue d'Aubagne, à Marseille, qui se sont effondrés le 5 novembre 2018, était connu depuis des années par les autorités, selon les échanges qui se sont tenus en audience ce mardi 12 novembre.

"Un immeuble ne s'effondre pas tout seul, comme ça". Ces mots sont ceux d'un marin-pompier répondant à Marie-Emmanuelle Blanc, locataire au cinquième étage du 65 rue d'Aubagne, au petit matin du 5 novembre 2018. La résidente avait contacté par téléphone les secours, dans l'idée de lancer une énième alerte sur les fissures qui craquèlent à vue d'œil dans son appartement.

Cet avertissement aura été le dernier, avant que l'immeuble ne s'écroule quelques instants plus tard, tuant ainsi Marie-Emmanuelle Blanc et sept autres personnes.

"Prisonnière d'un piège mortel"

"C'est une chronologie absolument morbide. Je le redis, c'est la chronique d'une catastrophe annoncée. Le sentiment d'une mort imminente pour elle avec des propos qui sont terribles à travers les e-mails et les appels téléphoniques qu'elle a pu faire", raconte Me David Metaxas, avocat du frère de Marie-Emmanuelle Blanc.

"Je suis prisonnière d'un piège mortel", avait-elle écrit dans l'un de ses courriels, précise le conseil de l'une des nombreuses parties civiles du procès de la rue d'Aubagne. Me David Metaxas parle ainsi d'un "sentiment d'injustice terrible", d'un "sentiment de mépris absolu de la part du syndic de copropriété, du propriétaire, des autorités en charge de l'urbanisme à Marseille .

"Cette femme a crié à l'aide, et a été victime d'un piège mortel. Personne ne l'a secourue", assène l'avocat, en marge d'une nouvelle audience inscrite à l'ordre du procès ayant débuté le jeudi 7 novembre dernier.

Malgré les signalements de plus en plus rapprochés et unanimes des résidents de la rue d'Aubagne le risque encouru par les victimes est largement sous-estimé, voire ignoré, selon ce qui ressort des éléments présentés lors de l'audience du mardi 12 novembre.

Des façades déformées

Le 18 octobre 2018, les habitant du 65 sont par exemple autorisés à regagner leur logement après une évacuation préventive, et ce alors qu'un arrêté de péril imminent a été émis en urgence. Aucun doute ne subsiste pourtant sur la vétusté et la dangerosité grandissante de ces bâtiments.

Ils font l'objet de dizaines de rapports d'experts et d'interventions depuis… 2003, comme l'a méticuleusement documenté le tribunal ce mardi, preuves à l'appui: des façades déformées, des murs fissurés de toutes parts, ou bien encore des caves inondées.

L'issue dramatique de ces bâtiments de la rue d'Aubagne ne sont donc que la suite logique de tous les signalements effectués, pris en charge bien trop tard ou sans réelle détermination. Une nouvelle visite d'expert était programmée le 8 novembre 2018, soit trois jours après les effondrements des bâtiments résidentiels de la rue d'Aubagne.