Prison pour mineurs à Marseille: ce que dit le rapport de la contrôleure générale qui préconise la fermeture
Un agent pénitentiaire devant l'établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille-La Valentine, le 4 mars 2019. - BORIS HORVAT / AFP
Dominique Simonnot, contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), préconise "la fermeture, au moins partielle", de la prison pour mineurs de Marseille face au "caractère gravissime" des conditions d'incarcération, dans un avis publié ce vendredi 29 août, que BFMTV a pu consulter.
Selon le rapport, "des mesures urgentes doivent être prises" afin de remédier notamment à "l'indignité des conditions matérielles de prise en charge des mineurs détenus" mais aussi aux "conséquences catastrophiques de la démobilisation et de l'absence du personnel pénitentiaire et éducatif".
Une fermeture recommandée
Des traces sur les murs, des salles d'eau sans porte, des matelas "en mauvais état", le rapport détaille de "nombreux dysfonctionnements entraînant des atteintes graves aux droits des adolescents détenus"
Face à cette situation, Dominique Simonnot recommande de fermer l'établissement de Marseille-La Valentine "pour rouvrir dans de meilleures conditions", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Le courrier a été transmis le 31 juillet au ministère de la Justice à la suite d'une mission d'inspection qui s'est déroulée du 7 au 11 juillet. Dans une réponse de Gérald Darmanin, que BFMTV a pu consulter, le ministre affirme avoir "diligenté une inspection de l'établissement" qui va être confiée à l'inspection générale de la justice.
Le ministre assure dans sa réponse que des travaux ont été effectués entre 2024 et 2025 mais que "les fortes dégradations" sont "commises par la population pénale mineure". "Une à deux unités" de la prison seront fermées en septembre pour "la réfection progressive des cellules", souligne Gérald Darmanin.
"Constamment faim"
La prison dispose de 59 places exclusivement pour des garçons âgés de 13 à 18 ans, dans une ville où les mineurs sont de plus en plus impliqués dans les trafics de drogue.
Parmi les autres recommandations exprimées par Dominique Simonnot, la distribution de produits d'hygiène ou la gratuité des appels sont notamment mises en avant. "Les conditions de distribution des repas ne respectent pas les normes d’hygiène et les quantités servies sont insuffisantes ; nombre des jeunes entendus ont indiqué avoir constamment faim", écrit la contrôleure.
Lors de son inspection inopinée, Dominique Simonnot a également constaté un procédé "dégradant" dit de "mise en grille", consistant à enfermer un adolescent dans des "locaux barreaudés, dépourvus d'assise, de point d'eau potable et de WC, où aucune surveillance continue n'est assurée". La durée de l'isolement "varierait d'une demi-heure à cinq heures". Cette pratique "doit être immédiatement et définitivement proscrite", intime Dominique Simonnot.
Elle "venait répondre exceptionnellement à l'absence, au sein des unités, de salle d'attente permettant de séparer des mineurs lors d'incidents", indique le ministre, annonçant que "l'arrêt immédiat" de cette "pratique locale" a été "acté" le 20 août.
Des "enfants laissés à l'abandon"
Ces "enfants sont laissés à l'abandon, enfermés 23h sur 24h. Il n'y a plus de prof, il n'y a plus de surveillants, il n'y a plus rien", s'indigne également Dominique Simonnot, réclamant que "l'administration donne au personnel les moyens de répondre aux besoins des mineurs détenus".
Ouverts en 2007, les six EPM répartis sur le territoire hexagonal avaient pour mission de pallier les dysfonctionnements des quartiers des mineurs des prisons en donnant la priorité à l'éducatif.
Mais le fort taux d'absentéisme du personnel entraîne aussi bien le "surenfermement" que la privation de scolarité, pointent la CGLPL et l'Observatoire international des prisons.













