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Pourquoi Lyon est devenue une place forte de l'ultradroite en France?

BFM Lyon Juliette Moreau Alvarez
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De nombreux agissements violents sont revendiqués par l'ultradroite lyonnaise ces dernières années. Le dernier en date est l'attaque d'une conférence sur la Palestine, revendiquée par le "Guignol Squad", un groupe informel coutumier des actions violentes.

Lyon, une ville aux nombreux surnoms. On l'appelle la cité des Gones, la Capitales des Gaules, mais aussi parfois la ville française de l'ultradroite. Une réputation qui tend à lui coller à la peau, notamment à la suite de nombreux actes revendiqués par l'ultradroite lyonnaise ces dernières années.

Le dernier en date: l'attaque d'une conférence sur la Palestine par une cinquantaine de militants, revendiquée par le "Guignol Squad", un groupe informel coutumier des actions violentes.

"Tous ces négationnistes, c'est né à Lyon 2"

Cette ultradroite est ancrée dans la ville du Rhône depuis la fin des années 1970, retrace Romain Meltz, politologue à l'université Lyon 2, sur BFM Lyon. "Il y a des racines à ça, notamment toute cette mouvance, tous ces négationnistes, c'est né à l'université Lyon 2. Avec Robert Faurisson qui était maître de conférences en 1978."

Ce militant négationniste se fait connaître ainsi en 1978. "Il donne plusieurs interviews et dit 'les chambres à gaz n'ont jamais existé'", raconte Romain Meltz. "Et ça lance un mouvement incroyable. Tout d'un coup les gens se disent 'cette question se pose"."

"Ce choc incroyable dans les années 1970 d'une France qui découvre que l'on peut nier les chambres à gaz, ça a très clairement identifié Lyon comme étant productrice de cette idée-là."

À Lyon, l'ultradroite a continué à évoluer, et les formes actuelles de ces courants de pensée ont muté. Elles ne sont pas visibles uniquement à Lyon, mais dans d'autres villes de France.

Le 5e arrondissement, fief de l'ultradroite?

Dans la préfecture du Rhône, c'est bien le 5e arrondissement qui fait office de fief de l'ultradroite, confirme Romain Meltz. "Il y a quelque chose qui résonne chez eux. Le fait que ce soit un site classé, ça fait référence à cette idée d'une espèce d'Europe éternelle pré-migration du 15e siècle..."

La présence de la Presqu'île renvoie également à l'idée de défendre un territoire, note le politologue. C'est d'ailleurs dans cet arrondissement que se trouve le bar associatif "La Traboule", ancien local du groupuscule Génération identitaire désormais associé au collectif groupe d'ultradroite Les Remparts.

Selon Romain Meltz, ces militants ont généralement entre 20 et 30 ans, ils sont souvent issus de familles qui étaient déjà dans l'ultradroite, issues du catholicisme d'extrême droite. "Vous ne devenez pas militants d'ultradroite en venant d'une famille de gauche ou pas politisée", affirme le politologue.

La sensibilité de ces militants s'est ensuite développée "autour d'événements qui ont ponctué la jeunesse", précise le politologue. Il cite notamment le meurtre de Lola ou encore l'affaire Clément Méric.

"La Presqu'île est le lieu de l'ultradroite"

C'est également un contexte national qui a libéré une partie de ces jeunes. La dédiabolisation du Front national, puis du Rassemblement national est une des causes, souligne Romain Meltz.

Pourtant, l'ultradroite rejette les institutions de la 5e République et se concentre sur des actions "sur le terrain", dans des "manifestations coups de poing et violentes". Une prise de position qui a tendance, à Lyon, a directement mettre face à face l'ultradroite et les groupes antifascistes.

"On voit bien l'idée de la préfecture qui dit aux mouvements d'extrême-gauche 'vous ne devez pas aller sur la Presqu'île pour ne pas avoir d'affrontements'. Ça renforce l'idée que la Presqu'île est le lieu de l'ultradroite."

Pourtant, à Lyon comme ailleurs, ce ne sont que de "tous petits groupes, qui sont parfois une dizaine de personnes, soit d'ultradroite nationaliste soit d'extrême-droite catholique, soit de néonazis". Ils prennent de l'ampleur au fil de l'actualité.

"Tout d'un coup, pour des raisons extérieures, ils reçoivent la pluie de gens qui ne sont pas vraiment politisés, qui ne sont pas dans des groupes, mais qui ont une sensibilité qui les font réagir à l'actualité."

Un phénomène difficile à endiguer

Néanmoins, il est aujourd'hui compliqué pour le gouvernement de venir à bout des mouvements d'ultradroite. Même si "la République veille", avec la dissolution de Bastion Social ou de Génération identitaire par exemple, l'ultradroite est aujourd'hui "prête à tout", rappelle Romain Meltz.

"Cette idée de dire on est l'ultradroite, on va agresser une conférence sur la Palestine, et on est du côté de la lutte contre l'antisémitisme, c'est un peu fou parce que ça a été l'antisémitisme pendant des années."

Plusieurs personnalités politiques locales ont récemment demandé la dissolution des Remparts, vitrine de l'ultradroite lyonnaise au lendemain du coup de force de militants d'ultradroite contre un local accueillant une conférence sur la Palestine.

Interrogé ce mardi 14 novembre par BFM Lyon, un porte-parole des Remparts assure de son côté que ces élus cherchent à les "faire taire". Le lien est beaucoup trop vite fait entre les Remparts, les locaux qu’on utilise, dans la mesure où on n’a rien à voir avec ça… On cherche à nous faire taire comme on est le seul groupe public à se montrer et à avoir une influence politiquement localement", juge-t-il.