Un an après, Haïti commémore le séisme au milieu des décombres

Chantier en cours à Port-au-Prince. Haïti a entamé mardi les commémorations du premier anniversaire du séisme du 12 janvier 2010, l'une des plus grandes catastrophes urbaines de l'histoire qui a fait 250.000 morts, 300.000 blessés et un million et demi de - -
par Allyn Gaestel et Tom Brown
PORT-AU-PRINCE (Reuters) - Haïti a entamé mardi les commémorations du premier anniversaire du séisme du 12 janvier 2010, l'une des plus grandes catastrophes urbaines de l'histoire qui a fait 250.000 morts, 300.000 blessés et un million et demi de sans-abri.
Des messes du souvenir seront célébrées ce mercredi à 16h53, l'heure à laquelle, en vingt secondes tout au plus, Port-au-Prince et sa région ont été réduits à l'état de ruines par un tremblement de terre de magnitude 7.
A la veille de ces cérémonies, le président René Préval a déposé une couronne de fleurs devant les milliers de croix noires plantées sur une colline aride au nord de Port-au-Prince où furent enterrés à la hâte des dizaines de milliers de corps broyés ou mutilés par le séisme.
Un an après la tragédie, les Haïtiens vivent toujours au milieu des décombres, malgré les engagements pris par la communauté internationale au lendemain d'une catastrophe qui a révélé les limites de l'action humanitaire.
Entre 150.000 et 200.000 victimes reposent dans la fosse commune de Saint Christophe. Une croix noire plus haute surplombe les centaines d'autres alignées sur la colline.
"Nous ne vous oublierons jamais", a déclaré René Préval, accompagné de son épouse et des ministres de son gouvernement.
En dépit des promesses de dons, de la présence de 12.000 casques bleus et d'une armée de travailleurs humanitaires, les rues de Port-au-Prince restent jonchées de débris et un million de sinistrés vivent toujours dans des camps de fortune.
Le président américain Barack Obama a déploré cet état de fait dans un communiqué, après avoir souligné le rôle des Etats-Unis dans l'une des plus "grandes opérations humanitaires jamais entreprises".
Le pays le plus pauvre du monde occidental, situé à moins de deux heures d'avion des Etats-Unis, est aujourd'hui aux prises avec une épidémie de choléra, doublée d'une crise politique lourde de menaces, alors que les projets de reconstruction tardent à sortir de terre.
CRITIQUES
Face à cet échec, nombreux sont ceux qui s'interrogent sur les capacités de la communauté internationale à faire face à une catastrophe de cette ampleur. L'élan de solidarité qui a suivi le séisme a suscité la reconnaissance de beaucoup d'Haïtiens, mais leur optimisme n'a pas résisté à la réalité des faits.
Plusieurs personnalités, dont l'acteur américain Sean Penn, ont dénoncé cette situation. Fidel Castro a affirmé qu'Haïti avait été "abandonnée à son triste sort" et certaines organisations humanitaires directement impliquées se montrent elles aussi très critiques.
Dans un rapport publié le 6 janvier, la britannique Oxfam juge ainsi les opérations de reconstruction "au point mort" et déplore un enlisement imputable, selon elle, à l'indécision du gouvernement haïtien, au fait que les pays riches privilégient trop souvent leurs propres priorités et à l'effacement de la commission chargée de la reconstruction, codirigée par l'ancien président américain Bill Clinton.
Ce dernier, qui préside cette commission avec le Premier ministre sortant Jean-Max Bellerive, a déclaré que personne n'était plus frustré que lui. "Mais je suis encouragé par les progrès effectués au cours des quatre derniers mois."
PARC INDUSTRIEL
Clinton et Bellerive ont assisté à la signature d'un contrat prévoyant d'investir pour la création d'un parc industriel dans le nord de Haïti. Le fabricant de textile sud-coréen Sae-A prévoit d'y créer 20.000 emplois. Il deviendrait ainsi le premier employé privé du pays.
"Cela aidera Haïti à réduire sa dépendance envers l'aide. Il nous faut des emplois", a déclaré Jean-Max Bellerive. Sae-A a précisé que l'investissement initial serait d'environ 78 millions de dollars (60 millions d'euros).
Le coordonnateur humanitaire des Nations unies en Haïti, Nigel Fisher, s'est élevé quant à lui contre les critiques selon lesquelles l'aide internationale ne produirait pas ses fruits.
"Beaucoup de chantiers sont lancés", a-t-il dit lors d'une conférence de presse, tout en admettant des problèmes pour coordonner le travail des milliers d'ONG dans le pays.
Aux conséquences du séisme s'ajoute la menace de troubles électoraux. Le premier tour de l'élection présidentielle qui s'est déroulé le 28 novembre dans des conditions contestées a donné lieu à de violentes manifestations.
Les partisans de Michel Martelly, écarté du second tour pour moins de 7.000 voix, ont crié à la manipulation. Le second tour prévu le 16 janvier a été repoussé à février.
Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français













