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Quarante ans après sa mort, Mao est célébré dans la province chinoise, pas à Pékin

Une jeune femme devant le mausolée de Mao à Pékin.

Une jeune femme devant le mausolée de Mao à Pékin. - NICOLAS ASFOURI - AFP

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Le 9 septembre 1976 mourrait l'un des dirigeants les plus importants et les plus meurtriers du XXe siècle: le chinois Mao Zedong. Le quarantième anniversaire a été célébré ouvertement dans la province chinoise mais très discrètement dans la capitale.

Pour les autorités chinoises, c’est aussi simple que définitif: "Mao, c’est 70% de bonnes choses et 30% d’erreurs". Ce verdict énoncé par le tout-puissant parti communiste chinois à la fin des années soixante-dix a toujours cours quarante ans après la mort de Mao Zedong, qui a dirigé la Chine entre 1949 et 1976.

A Pékin, le Parti communiste embarrassé

Il illustre le malaise des responsables communistes actuels, engagés depuis plusieurs décennies dans une libéralisation forcenée de l’économie chinoise, et pourtant contraints de demeurer redevables à celui qui assura la victoire de leur formation politique. Le bilan sanglant de Mao est aussi indéfendable: entre la famine provoquée par son "Grand bond en avant" dans les campagnes des années cinquante et les tueries perpétrées de 1966-1976 lors de "la révolution culturelle" que le "Grand Timonier", mis sur la touche par le parti, avait déclenchée pour reprendre le contrôle de l’Etat, c’est plus de cinquante millions de personnes qui ont perdu la vie sous sa férule.

Autant d’éléments qui expliquent qu’à Pékin, ce 9 septembre, jour anniversaire des quarante ans de sa mort, on avait décidé de la jouer profil bas. Officiellement, on explique préférer fêter les anniversaires célébrant la naissance des dirigeants plutôt que leur mort. Seul événement notable, des milliers de gens se sont rendus dans son mausolée de la place Tian Anmen pour y contempler un bref instant sa dépouille embaumée.

De nombreuses célébrations loin de la capitale

C’est donc en-dehors des canaux officiels et de la capitale que Mao a été célébré. A Shaoshan, sa ville natale dans la province du Hunan vers le centre du pays, des discours et chants ont retenti tandis que de nombreux nostalgiques défilaient en procession. A Tangshan, une ville industrielle située dans l’est, un festival de poésie, de calligraphie et de contes s’est étendu sur deux jours.

A Hengshui, dans le nord, des lycéens ont mis en place des spectacles de danse, un opéra, des récitations de poésie pour chanter la gloire de celui qui fut à la fois l’homme de la "Longue Marche" et des purges. A travers toute la Chine, d’autres ont pu rendre un hommage plus discret à leur idole. 2,5 millions d’utilisateurs ont ainsi participé à une campagne sur l’application WeChat.

Mao comme un âge d'or... malgré l'horreur

Cette dichotomie creusée entre les périphéries et la capitale autour de la mémoire de Mao Zedong s’explique par les dégâts sociaux du tournant capitaliste initié par Deng Xiao Ping et beaucoup de Chinois se sentent les laissés pour compte du développement économique. L’héritage de Mao est aussi brandi par des militants de l’aile gauche de la scène politique chinoise soucieux de dénoncer les phénomènes de corruption dans le régime en place. Au prix d’une idéalisation de Mao et parfois d’un oubli des atrocités qui lui sont dues, comme on peut le lire dans ce témoignage recueilli par Reuters: "Y avait-t-il de la corruption sous Mao? Bien sûr que non. Arrivait-il que les gens ordinaires ne puissent pas se soigner sous Mao? Non."

Et cette nostalgie déborde largement les rives de la Chine. En Australie, à Sydney et Melbourne, des groupes d’expatriés avaient organisé des concerts pour célébrer Mao dans des bâtiments publics. Ces festivités ont été annulées en dernière minute pour des raisons de "sécurité" qui ne sont pas étrangères à la polémique que soulevaient ces initiatives. Mao divise toujours.