La Chine réplique à l'Union européenne en enquêtant sur les vins

Pékin va ouvrir une enquête sur les importations de vins de l'Union européenne, accusées d'entraver la concurrence, en représailles à la hausse des droits de douane européens sur les panneaux solaires venus de Chine. /Photo d'archives/REUTERS/Stefano Rell - -
par Terril Yue Jones
PEKIN (Reuters) - Le ministère chinois du Commerce a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête sur les importations de vins de l'Union européenne (UE), répliquant ainsi à la décision de la Commission européenne de taxer les panneaux solaires importés de Chine.
Dans un communiqué publié sur son site internet, le ministère a rappelé qu'il était "résolument opposé" à la hausse des droits de douane et a dit espérer que le contentieux soit résolu de manière bilatérale.
"L'Union européenne s'est obstinée à imposer des droits de douane injustes sur les importations chinoises de panneaux solaires", a-t-il déclaré.
"Le ministère du Commerce a déjà été sollicité par l'industrie viticole intérieure qui accuse les vins importés d'Europe de pénétrer sur le marché chinois par le biais de moyens commerciaux iniques tels que le dumping et les subventions", ajoute-t-il.
"Nous avons observé une hausse rapide des importations vinicoles de l'UE ces dernières années et nous entreprendrons cette enquête conformément à la loi".
L'UE doit imposer dès jeudi une hausse des droits de douane aux panneaux solaires fabriqués en Chine, mais elle sera bien inférieure à ce qui avait été évoqué initialement, et Bruxelles compte poursuivre ses discussions avec Pékin.
Le dossier des panneaux solaires chinois est le plus important conflit commercial jamais engagé par Bruxelles et constitue un test de la capacité des pays de l'UE à se rassembler sur des sujets touchant au commerce international, malgré les menaces de représailles des pays visés.
Cela étant, la décision chinoise apparaît largement symbolique et d'une portée bien moins importante que si Pékin avait visé par exemple les importations d'Airbus.
"DÉPLACÉE ET CONDAMNABLE"
La France a jugé "déplacée et condamnable" la menace de la Chine de surtaxer les vins européens.
"On prend ça très au sérieux, on étudie la portée des mesures, qui ne sont pas connues avec précision", a-t-on déclaré mercredi au ministère du Commerce extérieur.
"La manière dont c'est présenté nous paraît tout à fait déplacée et condamnable, à savoir le fait que le dossier ne soit pas traité pour son économie propre mais parce qu'une décision a été prise dans un autre domaine."
Réagissant avec prudence, le ministre allemand de l'Economie Philipp Rösler a renouvelé l'appel de Berlin à une solution négociée, mettant en garde contre le danger d'une plus vaste confrontation commerciale.
"L'UE doit toujours négocier et je pense qu'il est encore possible de s'asseoir rapidement à la table des négociations et de s'accorder sur un cadre équitable pour éviter une guerre commerciale qui frapperait bien plus de secteurs que le seul photovoltaïque", a-t-il déclaré à la télévision allemande.
La Chine a importé 430 millions de litres de vin l'an dernier, dont plus des deux tiers en provenance de l'Union européenne, selon les statistiques des douanes chinoises. Les importations en provenance de la France ont atteint à elles seules 170 millions de litres.
La Chine est le troisième marché à l'export en valeur pour les vins et spiritueux français, avec un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros en 2012, soit 9% des exportations de vins et spiritueux français, selon la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS).
La filière viticole bordelaise s'est dite vigilante après l'annonce de la Chine, son premier client à l'exportation.
L'enjeu pour le plus grand vignoble de vins fins du monde est de taille, la Chine pesant aujourd'hui plus de 20% des exportations avec une progression constante pour atteindre 538.000 hectolitres, soit 72 millions de bouteilles en 2012.
Enfin, l'UE est le premier partenaire commercial de la Chine. En revanche, pour l'UE, la Chine ne vient qu'en deuxième position derrière les Etats-Unis. Les exportations chinoises dans l'UE ont représenté 290 milliards d'euros en 2012, tandis que dans l'autre sens, elles ont atteint 144 milliards d'euros.
Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat













