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Etats-Unis: John Walker Lindh, le "taliban américain", libéré après 17 ans de prison

BFM Aude Solente avec AFP
Les avocats et la famille de John Walker Lindh

Les avocats et la famille de John Walker Lindh - SHAWN THEW / AFP

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John Walker Lindh avait été condamné à 20 ans de prison en 2002 pour avoir rejoint et combattu aux côtés des talibans afghans pendant plusieurs années.

C'est ce jeudi que le "taliban américain" John Walker Lindh retrouve la liberté après 17 ans passés en prison. Condamné à 20 ans de prison en octobre 2002, il bénéficie d'une remise en liberté anticipée pour bonne conduite.

Toutefois, cette remise en liberté est assortie de conditions strictes, et ce, pendant trois ans. Ses activités sur Internet seront surveillées de très près et en permanence: s'il souhaite communiquer dans une autre langue que l'anglais il devra en demander la permission, il ne pourra, bien entendu, pas rentrer en contact avec des extrémistes ou consulter "des contenus véhiculant extrémisme ou opinions terroristes". Il n'aura pas non plus le droit de voyager, sans avoir obtenu l'autorisation préalable d'un juge, pendant trois ans. 

Beaucoup questionnent sa repentance

Lors de son procès, John Walker Lindh avait plaidé coupable d'avoir "rendu des services aux talibans" et combattu armes à la main aux côtés des insurgés. Tout en affirmant ne pas avoir pris les armes contre son propre pays, il avait reconnu avoir fait "une erreur" en rejoignant les combattants islamistes et condamné "sans ambiguïté" le terrorisme.

Cependant, beaucoup ne croient pas en sa repentance. Sa remise en liberté anticipée a interpellé un certain nombre de spécialistes qui jugent qu'il n'a pas renoncé à l'idéologie extrémiste qui l'a mené en Afghanistan. 

En 2017, la revue Foreign Policy avait cité un rapport du Centre national anti-terroriste affirmant qu'en mars 2016 il "continuait à prôner la guerre sainte mondiale et écrire ainsi que traduire des textes extrémistes violents".

Alexander Meleagrou-Hitchens, spécialiste de l'extrémisme à l'Université George Washington, avait également souligné dans un rapport de 2018 que le "taliban américain" était devenu "proche d'Ahmad Musa Jibril, le plus influent des prédicateurs salafo-jihadistes américains vivants", quand celui-ci avait été incarcéré à Terre Haute entre 2005 et 2012.

Enfin, selon des informations du média américain NBC, John Walker Lindh aurait déclaré, dans une lettre écrite à la main en février 2015 en réponse aux questions d'un journaliste, que le groupe Etat islamique faisait un "travail incroyable".

Des élus estiment qu'il "n'est pas un prisonnier repenti"

Tant de déclarations qui ne rassurent en rien un certain nombre d'élus américains. Ces derniers considèrent que l'ex-combattant islamiste reste une menace pour la société, et s'inquiètent de l'absence de programme fédéral de surveillance pour empêcher les anciens condamnés de renouer avec la violence extrémiste.

"Nous devons considérer les implications en matière de sécurité pour nos citoyens et les communautés qui accueilleront des individus comme John Walker Lindh qui continuent à appeler ouvertement à la violence extrémiste", ont écrit les sénateurs Richard Shelby et Maggie Hassan dans une lettre au responsable des prisons fédérales, Hugh Hurwitz.

Engagé avec les talibans avant le 11-Septembre

Né dans une famille catholique, John Walker Lindh s'est converti à l'islam à l'adolescence. C'est à l'âge de 17 ans, en 1998, qu'il part au Yémen pour y étudier l'arabe. Il se rend ensuite au Pakistan avant de rejoindre les talibans en Afghanistan en 2001, quatre mois avant le 11-Septembre, pour selon lui lutter contre l'Alliance du Nord du commandant Massoud.

Là, il avait passé plusieurs semaines dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda pour s'initier au maniement des armes et des explosifs.

Après sa capture, il avait été détenu avec d'autres talibans dans une prison près de Mazar-i-Sharif dans le nord de l'Afhanistan

Blessé au cours d'une émeute, John Walker Lindh avait été renvoyé aux Etats-Unis pour y être jugé et avait été condamné à 20 ans de prison en octobre 2002.