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Pédophile gracié au Maroc: ce que l'on sait de l'affaire

BFM Alexandra Gonzalez
Daniel Galvan a été condamné en 2011 au Maroc à 30 ans de prison pour pédophilie.

Daniel Galvan a été condamné en 2011 au Maroc à 30 ans de prison pour pédophilie. - -

Une grave affaire judiciaire secoue le Maroc et l'Espagne depuis une semaine. Un pédophile a été gracié par erreur par le roi Mohammed VI, avant d'être arrêté en Espagne. BFMTV.com fait le point.

Mise à jour - Une nouvelle manifestation contre la grâce royale s'est tenue mardi 7 août à Casablanca, la plus grande ville du Maroc.

Daniel Galvan. Le nom de ce pédophile est sur toutes les lèvres au Maroc et en Espagne, depuis sa grâce par erreur par le roi Mohammed VI. Arrêté lundi dans le sud de l'Espagne, l'homme attend désormais en détention préventive. La justice doit décider s'il finira de purger les 28 ans de peine qu'il lui reste. Comment a-t-on pu en arriver à ce véritable imbroglio judiciaire? BFMTV.com fait le point.

> Que s'est-il passé?

Un incroyable quiproquo serait à l'origine de cette grave erreur judiciaire. Au nom des bonnes relations entre le roi Mohammed VI et le roi Juan Carlos II, le principal conseiller royal marocain a proposé à l'ambassadeur espagnol à Rabat de soumettre une liste de détenus espagnols "graciables". Il lui aurait aussi proposé, pour la première fois, de soumettre une seconde liste de détenus à transférer vers les prisons espagnoles.

Deux listes auraient donc été remises aux autorités marocaines; l'une comportant 18 noms de détenus à gracier, l'autre 30 noms de détenus à extrader. Or, par un mystère qu'une enquête devra percer à jour, ces deux listes auraient été fusionnées. Le roi Mohammed VI a donc amnistié 30 détenus qui devaient finir de purger leurs peines en Espagne, dont Daniel Galvan, condamné pour pédophilie.

Une clémence qui a provoqué la colère du peuple marocain. Fait sans précédent, le roi l'a écouté. Dimanche, il a retiré l'amnistie accordée à Daniel Galvan, au motif qu'il n'avait "jamais été informé, de quelque manière que ce soit et à aucun moment, de la gravité des crimes abjects pour lesquels l'intéressé a été condamné".

> 29 détenus dans la nature?

L'hypothèse de l'existence de deux listes de détenus, révélée par El Pais, n'a pas été confirmée officiellement. Pourtant, jointe par BFMTV.com, une diplomate espagnole confirme l'existence de 29 détenus… dans la nature.

"Actuellement, 29 des 30 détenus graciés par erreur sont en liberté. Comme il s'agit d'une décision souveraine d'un chef d'Etat étranger, la justice espagnole n'a aucun moyen de les poursuivre ou de les arrêter. Ils sont libres", nous explique Laura Mayoral, conseillère à l'OID, l'office d'information diplomatique rattachée au ministère des Affaires étrangères espagnoles.

L'identité de ces 29 détenus et la nature des faits pour lesquels ils ont été condamnés demeurent "confidentielles", admet la diplomate.

> Qui est Daniel Galvan?

L'homme au visage rustre est né en Irak il y a 63 ans, un pays d'où est originaire sa famille. De son passé, on ne sait pas grand-chose. Entre 1998 et 2002, il a fait partie du personnel administratif de l'université de Murcia, en Espagne, sans faire de vagues.

Et avant? L'homme aurait raconté à son avocat marocain qu'il était un ancien responsable de l'armée irakienne et avait collaboré avec les services secrets étrangers pour renverser l'ancien dictateur Saddam Hussein, en 2003. Pour El Pais, le nom de Daniel Galvan pourrait être "l'identité que lui ont fabriquée les services secrets quand ils l'ont fait sortir d'Irak ". Rien ne permet pour le moment d'accréditer cette thèse.

Avant sa condamnation, il habitait depuis huit ans à Kenitra, au nord de Rabat, où il possédait deux appartements. L'homme avait réussi à gagner la confiance de ses voisins en se présentant comme un professeur à la retraite. Il organisait régulièrement des fêtes d'enfants dans son appartement, selon El Pais, durant lesquelles il a abusé d'au moins onze d'entre eux. En septembre 2011, il a été condamné à 30 ans de prison, la plus lourde peine jamais prononcée pour pédophilie au Maroc.

> Un vide juridique?

La situation juridique de Daniel Galvan pourrait se transformer en une impasse pour la justice. La révocation d'une amnistie est un fait extrêmement rare, et les textes sont flous. Depuis mardi matin, l'homme est en détention provisoire en Espagne, dans l'attente d'une décision sur son extradition, réclamée depuis dimanche par le Maroc.

Or, cette solution paraît peu probable puisque l'Espagne n'extrade pas ses ressortissants. L'homme pourrait donc finir de purger sa peine en Espagne, voire même être remis en liberté, si ses avocats arrivent à montrer que l'annulation de son amnistie n'a pas d'équivalent dans les textes juridiques espagnols, selon lesquels il doit être rejugé.