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Logement: faut-il étendre et prolonger le prêt à taux zéro pour relancer la construction?

BFM Business Marie Coeurderoy
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Le prêt à taux zéro est un outil extrêmement efficace pour relancer l'accès à la propriété. A chaque fois que le dispositif a été reboosté, cela s'est traduit pas une nette accélération de la construction de logements.

Dans le logement, la bataille du prêt à taux zéro (PTZ) est relancée. Professionnels de l'immobilier, promoteurs, courtiers ou encore Fédération française du bâtiment poussent plus que jamais en faveur d'une prolongation et même d'une extension du dispositif. Selon les informations de BFM Business, l'idée fait son chemin au sein même de l'exécutif. Et pour cause: le prêt à taux zéro est un outil extrêmement efficace pour relancer l'accès à la propriété.

Le prêt à taux zéro est même le dispositif le plus efficace en la matière. Alors, évidemment, lorsque les taux du marché oscillaient autour d'1% ces dernières années, il n'avait que peu d'intérêt mais il redevient déterminant aujourd'hui avec des taux autour de 3%.

Différé de remboursement

En témoignent les exemples que nous apporte le courtier Empruntis: dans le cas d'un couple avec un enfant, 3000 euros de revenus mensuels et un projet d'achat d'un logement neuf en banlieue de Bordeaux pour 200.000 euros: sans PTZ, à 3% sur 20 ans, le crédit ne passe pas compte tenu du taux d'endettement. Avec un PTZ, non seulement le crédit passe car il permet de réduire les mensualités de remboursement mais, surtout, il baisse de manière spectaculaire le coût global du crédit. On passerait ainsi de plus de 66.000 euros sans PTZ à 33.000 euros, soit deux fois moins.

Autre avantage clé du prêt à taux zéro: le différé de remboursement. Le PTZ peut commencer à n'être remboursé que cinq ou dix ans après le démarrage du crédit. Ce qui permet de réduire la charge de la dette immobilière des ménages qui subissent le plus les effets de l'inflation. Un couple avec deux enfants qui veut faire construire une maison à 250.000 euros du côté de Montpellier obtient un différé de remboursement de dix ans, période durant laquelle ce ménage ne va rembourser que 777 euros par mois. Il passera à plus de 1400 euros de mensualités au-delà de cette période, mais cela reste théorique car en réalité il pourrait avoir revendu ce bien avant l'échéance.

Finances publiques

Mais comment élargir le nombre de bénéficiaires du PTZ ? Il existe trois leviers. Tout d'abord, il est possible de jouer sur les conditions de ressources en relevant les plafonds. Ensuite, il est possible de jouer sur le zonage, car le PTZ n'est aujourd'hui véritablement puissant que dans le neuf et les zones dites tendues (Abis, A et B1). Un troisième levier serait la quotité, c'est-à-dire la part de l'emprunt qui sera financé à taux zéro. Aujourd'hui, elle s'élève à 40% aujourd'hui dans les zones tendues, mais seulement à 20% dans les zones détendues.

Mais sur l'aspect budgétaire que les choses risquent de se compliquer. Le prêt à taux zéro est d'autant plus coûteux pour l'État lorsque les taux d'intérêt du marché augmentent. Il est toujours difficile d'estimer le coût réel du dispositif pour les finances publiques mais habituellement, quand il fonctionne bien, cela se chiffre en milliards d'euros. Il parait donc difficile de convaincre Bercy qui a fait de la chasse aux dépenses sa nouvelle priorité.

Rebooster la construction

Les défenseurs du PTZ peuvent néanmoins compter sur de bons arguments: à chaque fois que le dispositif a été reboosté, cela s'est traduit pas une nette accélération de la construction de logements.

En 2011, lorsque Nicolas Sarkozy fait sauter tous les plafonds du PTZ, les mises en chantier qui oscillaient autour de 350.000 les années précédentes passent alors ponctuellement au-delà de 430.000. Le soufflé retombe en 2012, puis un nouvel élargissement du PTZ par François Hollande en 2015 et un an et demi plus tard, on grimpe à 435.000 mises en chantier.

Relancer le PTZ, c'est donc aussi relancer la construction qui traverse une crise sans précédent. Deux semaines plus tôt, la Fédération française du bâtiment évoquait 100.000 emplois menacés dans les deux ans.