La puissance bancaire des géants de la tech Chinois et Américains inquiète l'autorité de la concurrence

En se positionnant comme initiateur de paiement, et non comme opérateur, les géants de la tech évitent les contraintes réglementaires qui pèsent sur les organismes financiers classiques - Stéphane Danna-AFP
La puissance des géants américains (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) et chinois avec Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi s'accroit progressivement et irrémédiablement. Désormais, l'Autorité de la concurrence s'inquiète pour le secteur bancaire.
Jeudi, lors de la publication d'un avis, l'autorité redoute que les Gafa et les Batx bénéficient d'un "avantage non-négligeable", et donc problématique du point de vue de la concurrence, dans le secteur des paiements grâce aux données collectées.
Les avantages détenus par les 'Big Tech' sur leurs marchés d'origine (...) peuvent créer des problématiques et des abus", a prévenu lors d'une présentation à la presse Isabelle de Silva, présidente de l'Autorité, à l'occasion de la publication d'un avis sur cette question.
Selon le régulateur, les données collectées dans le coeur de métier "pourraient leur procurer un avantage non-négligeable dans le secteur des paiements et, réciproquement, les données collectées via les services de paiement qu'ils proposent pourraient leur permettre de renforcer encore l'attractivité de leurs plateformes respectives".
"Remise en cause" du modèle bancaire
A cela s'ajoutent "une puissance financière considérable" et un positionnement comme initiateur de paiement, et non comme opérateur, qui leur permet d'éviter un certain nombre de contraintes réglementaires très lourdes.
Lorsque la directive européenne a créé cette possibilité, "on n'imaginait pas forcément que les 'Big Tech' allaient s'engouffrer à travers cette brèche", a reconnu Isabelle de Silva.
Autre motif d'inquiétude, l'accès à la technologie NFC, qui permet les paiements par le biais d'un smartphone. La Commission européenne a ouvert en juin dernier plusieurs enquêtes visant Apple, dont l'une concerne le fait que l'entreprise réserve l'utilisation de son antenne NFC à son application Apple Pay sans permettre à d'autres organismes bancaires d'en bénéficier.
Hormis ce cas, l'Autorité de la concurrence avoue ne pas avoir encore d'exemple d'abus. Mais elle explique que le but de cet avis est justement de "se tenir prêt à intervenir extrêmement rapidement" si nécessaire, a précisé Lauriane Lépine-Sarandi, rapporteure générale adjointe de l'institution.
Le développement de la blockchain pose également des risques concurrentiels, a relevé l'Autorité dans son avis. Ces profondes évolutions qui touchent le secteur des services pourraient, in fine, engendrer une "remise en cause du modèle de banque universelle" et une "marginalisation des acteurs bancaires traditionnels", a souligné le régulateur.











