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Ukraine: où se trouvent les centrales nucléaires que Donald Trump propose de protéger?

BFM Business Timothée Talbi avec AFP
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Le président américain suggère que les Etats-Unis prennent "possession" des centrales électriques ukrainiennes, affirmant que cela "constituerait la meilleure protection et le meilleur soutien possibles".

C'est un nouveau levier qui pourrait être activé dans la recherche d'une issue au conflit entre l'Ukraine et la Russie. Lors d'un appel avec Volodymyr Zelensky, Donald Trump a suggéré que les Etats-Unis prennent "possession" des centrales électriques ukrainiennes, affirmant que cela "constituerait la meilleure protection et le meilleur soutien possibles".

Lors de cette même conversation téléphonique, le président ukrainien a dit être prêt à suspendre les attaques sur les infrastructures civiles et énergétiques en Russie, après un engagement pris par Vladimir Poutine mardi d'épargner temporairement les sites énergétiques.

Volodymyr Zelensky a aussi précisé que la conversation n'avait porté que sur "une centrale, qui est sous occupation russe", c'est-à-dire le grand site nucléaire de Zaporijjia dans le sud-est de l'Ukraine. Depuis l'invasion russe il y a plus de trois ans, les cinq centrales nucléaires du pays ou leurs environs sont régulièrement ciblées par des attaques de Moscou.

La crainte d'un Tchernobyl bis dès le début du conflit

Dès les premières semaines du conflit, des soldats russes ont notamment occupé le site de la centrale de Tchernobyl, dans le nord de l'Ukraine, nourrissant les craintes de fuites radioactives plus de 35 ans après le pire accident nucléaire de l'histoire. Les troupes russes s'en sont retirées fin mars 2022 après l'échec de leur assaut contre la capitale ukrainienne Kiev, qui est à moins de cent kilomètres à vol d'oiseau de Tchernobyl.

Depuis 2016, une arche mise en service en 2019 après des années de travaux financés par la communauté internationale, recouvre le sarcophage originel construit par les Soviétiques pour recouvrir le réacteur numéro 4, dont le coeur avait explosé en avril 1986, ainsi que ses débris.

Mi-février, Volodymyr Zelensky avait accusé la Russie d'avoir endommagé avec un drone explosif l'arche de confinement de la centrale nucléaire accidentée, sans qu'une hausse des radiations soit constatée. Le président ukrainien, rejoint sur ce point par la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, y a vu une preuve selon laquelle Vladimir Poutine "ne veut pas la paix".

Le plus grand site nucléaire d'Europe ciblé

Plus proche de la frontière russe dans le sud-est de l'Ukraine, la centrale de Zaporijjia a aussi été capturée par la Russie dès les premières semaines de l'invasion. Depuis, la sécurité du plus grand site nucléaire d'Europe doté de six réacteurs est précaire, faisant craindre une potentielle catastrophe. Depuis septembre 2022, des experts de l'instance onusienne sont basés sur place pour surveiller la sûreté et la stabilité des installations, les équipes tournant régulièrement.

L'armée russe a intensifié ces derniers mois ses attaques sur le sud de l'Ukraine et multiplié ses frappes sur Zaporijjia, une ville qui comptait 700.000 habitants avant la guerre. Deux frappes russes, le 6 et le 10 décembre 2024, y ont fait respectivement 10 et 11 morts, et plus de 40 blessés. Les attaques sur cette région se sont intensifiées depuis plusieurs mois. Depuis novembre, l'Ukraine craint une offensive vers cette ville, chef-lieu éponyme de la région qui se trouve à environ 35 kilomètres à vol d'oiseau des positions russes et 50 kilomètres de la centrale nucléaire du même nom.

Début janvier, un bombardement aérien russe sur la ville a fait au moins 13 morts. Cette frappe a eu lieu alors que l'armée russe continuait son avancée dans l'est du pays, et que des affrontements se poursuivaient dans la région russe de Koursk, dont les forces ukrainiennes occupaient plusieurs centaines de kilomètres carrés.

Un mois plus tard, la Russie et l'Ukraine s'étaient mutuellement accusées d'attaques qui avaient empêché la rotation du personnel de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) présent sur le site de la centrale, un incident survenu pour la deuxième fois en une semaine. Les inspecteurs passent environ cinq semaines sur place avant d'être remplacés selon une procédure complexe qui implique de traverser la ligne de front sous la supervision des armées russe et ukrainienne.

Une mobilisation ukrainienne à la peine

Les trois autres centrales nucléaires ukrainiennes sont nettement moins ciblées par les attaques russes, notamment celle de Khmelnitski située tout à l'ouest du pays et où deux réacteurs sont en construction pour s'ajouter aux deux existants. Mais il ne s'agit pas pour autant de zones complètement épargnées.

Mi-septembre 2022, l’opérateur nucléaire ukrainien EnergoAtom avait accusé la Russie d’avoir bombardé le site de la centrale de Pivdennonooukraïnsk, située dans le Sud du pays, ravivant une nouvelle fois la crainte d’un incident nucléaire. Plus récemment, début février, une frappe de missile a tué un homme et fait un blessé à Pivdenné, ville portuaire dans la région voisine d'Odessa. Quelques jours auparavant, une explosion était survenue dans un bureau de recrutement militaire dans la ville de Rivné et avait tué une personne et fait six blessés. Située dans le nord-ouest du pays, cette ville abrite quatre réacteurs nucléaires fonctionnels.

L'armée de Kiev, qui manque de soldats et d'équipements face aux forces russes, peine à recruter de nouvelles troupes du fait notamment de réticences au sein de la population, épuisée après trois ans de combats très meurtriers. Fin octobre, l'Ukraine avait annoncé qu'elle prévoyait de mobiliser 160.000 personnes pour regarnir son armée lors d'une vague de mobilisation organisée au cours des trois prochains mois. Mais la mobilisation est un sujet houleux : le système d'enrôlement est jugé injuste par de nombreux Ukrainiens et a été au coeur de nombreux scandales de corruption.