Orange: le coup de griffe de Frank Boulben au gouvernement

Il était favori, mais a perdu dans la dernière ligne droite. Frank Boulben ne sera pas le futur directeur général d'Orange. La nomination de Christel Heydemann doit être annoncée par le conseil d'administration de l'opérateur, vendredi prochain.
Le dirigeant de l’Américain Verizon était pourtant parti en tête de la course à la direction d'Orange. Sa candidature avait été préférée par le comité de sélection chargé de mener le recrutement du successeur de Stéphane Richard. Comité dans lequel l’Etat, premier actionnaire d'Orange avec 23% de son capital, siégeait et avait validé le choix de Frank Boulben.
Mais le gouvernement a préféré la candidature de Christel Heydemann. "A compétence égale, Bruno Le Maire privilégie une femme", avait déclaré le ministre de l'Economie. Quelques jours plus tard, l'Elysée avait suivi ce choix, comme l'avait révélé BFM Business.
"Bonne chance"
Face à ce retournement de situation, Frank Boulben a retiré sa candidature et l'a fait savoir à travers une lettre bien sentie, envoyée aux trois membres du comité de sélection d'Orange. Dans sa missive, il acte le "choix probable" de Christel Heydemann à qui il souhaite "bonne chance". Mais il n'épargne par le gouvernement.
"Je comprends que je n’avais pas le support des autorités politiques malgré votre recommandation, écrit-il.
Et poursuit : "ce manque de soutien n’aurait pas créé les conditions nécessaires pour mener à bien le projet stratégique ambitieux que je souhaitais pour Orange". Lors de ses entretiens, qui avaient fait "forte impression" selon plusieurs sources, il avait proposé de changer fortement la stratégie du groupe en multipliant les partenariats dans les métiers éloignés des télécoms comme les contenus (OCS), la cybersécurité (OBS) et la banque (Orange Bank).
"Je regrette que la politique française se soit à nouveau immiscée dans la gouvernance d’Orange, entreprise privée internationale à travers des prises de paroles publiques", ajoute Frank Boulben dans sa lettre.
"Je retire ma candidature"
La sortie publique de Bruno Le Maire, en faveur de Christel Heydemann avait irrité les membres du comité de sélection. Ils avaient déploré que l’Etat actionnaire se soit exprimé en dehors des instances de gouvernance d’Orange. D’autant que début janvier, un ministre de Bercy nous avait confié que la candidature de Frank Boulben avait été retenue.
Il conclut sobrement: "je retire ma candidature pour une décision sereine dont Orange a besoin". Une lettre qui, en réalité, ne manquera pas d’alimenter la polémique au sein du groupe sur la succession de Stéphane Richard. Le PDG a d’ailleurs poussé pour la candidature de Christel Heydemann qu’il avait coopté au conseil d’administration il y a cinq ans.











