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Les failles des engagements de JD.com, futur actionnaire chinois de Fnac Darty

BFM Business Matthieu Pechberty , Journaliste BFM Business
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Le gouvernement a annoncé mardi que le groupe chinois ne s’immiscera pas dans la gestion de l’enseigne française. Des promesses politiques qui sont loin d’être formalisées.

C'est un engagement politique fort qui évite toute polémique. Le gouvernement a annoncé mardi une série de conditions imposées à JD.com, qui va hériter de 22% du capital de Fnac Darty. Le groupe chinois est en train de finaliser le rachat du distributeur allemand Ceconomy qui est le deuxième actionnaire de Fnac Darty.

Anticipant le risque de rachat de l’enseigne française par JD.com, le gouvernement s’était saisi du dossier dès l’été. Il avait promis un examen approfondi à travers un contrôle des Investissement étrangers en France (IEF). Or, le secteur de la distribution ne fait pas partie des périmètres concernés par cette procédure.

Le ministère de l’Économie a donc assuré que JD.com a "joué le jeu" et "accepté nos conditions".

Bercy promet qu’un document a été signé avec le groupe chinois qui s’est "engagé à ne pas augmenter leur participation dans Fnac". Une promesse avant tout politique. À ce stade, aucune déclaration n’est prévue auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Or, seul un accord de statu quo, dit de "standstill", publié à l’AMF, aurait une valeur juridique. Ou au moins un accord entre l’actionnaire, JD.com, et la société concernée, Fnac Darty. "Ils ne sont pas encore actionnaires", botte en touche un proche de l’enseigne. Le rachat de Ceconomy devra être autorisé par les autorités européennes avant que JD.com ne devienne, indirectement, le deuxième actionnaire de Fnac Darty.

Des administrateurs "indépendants" mais proposés par Ceconomy

Bercy a aussi souligné que JD.com s’était engagé à ne "pas intervenir dans la gestion de Fnac Darty", ajoutant que la gouvernance, composée d’administrateurs indépendants, "ne sera pas modifiée".

La réalité est bien plus subtile. Aujourd'hui, tous les administrateurs de Fnac Darty sont considérés comme indépendants. Mais dans les faits, trois d’entre eux sont proposés par Ceconomy sans toutefois le représenter officiellement. Ils bénéficient ainsi de ce statut excessif d’"indépendant" par rapport aux autres administrateurs qui le sont vraiment.

"Trois administratrices indépendantes, Daniela Weber-Rey, Caroline Grégoire Sainte Marie et Stefanie Meyer, ont été désignées sur proposition de Ceconomy", assure Fnac Darty dans son document d’enregistrement universel de 2024. JD.com conservera-t-il ce droit de regard? Contactés, ni Fnac Darty, ni JD.com n’ont souhaité commenter.

Ces engagements entre le gouvernement et JD.com durent jusqu'en 2028. Une période d’observation de trois ans avant d’envisager d’aller plus loin.