Intel devrait choisir Dresde en Allemagne pour sa future grande usine de semi-conducteurs

Le géant américain des semi-conducteurs Intel devrait annoncer début 2022 le lieu choisi pour implanter une usine de fabrication de semi-conducteurs de pointe, dans une course où l'Allemagne fait figure de grande favorite.
Selon son patron Pat Gelsinger, Intel veut implanter en Europe deux unités de production à 10 milliards d'euros et 1500 employés chacune, potentiellement complétées à l'avenir par six autres, soit un investissement potentiel de 80 milliards d'euros.
La France a un temps fait figure d'implantation possible pour le projet Intel. Mais ce choix paraît désormais assez improbable, selon des sources au sein des collectivités locales dans les régions qui auraient pu être concernées.
Dresde "coche toutes les cases"
Dresde "semble cocher toutes les cases", souligne Jean-Christophe Eloy, président de la société d'études Yole Développements, spécialisée sur le marché des semi-conducteurs: la région environnante de Saxe, parfois surnommée "Silicon Saxony" par analogie avec la Silicon Valley californienne, dispose notamment de foncier et d'un potentiel de main d'oeuvre très important, avec notamment la proximité de la Pologne et de la République tchèque, explique-t-il.
Franck Bösenberg, directeur de l'association "Silicon Saxony" qui regroupe les acteurs locaux du secteur, a confirmé à l'AFP que a zone bénéficie "d'une excellente base de main-d'œuvre qualifiée, un très bon environnement de formation (initiale) (...) un excellent environnement de recherche, (...) des fournisseurs importants et, ce qui est également important, l'expérience existante des pouvoirs publics, par exemple en matière de procédures d'autorisation", a-t-il fait valoir.
La région de Dresde en Allemagne se distingue également par la présence de grands noms des puces électroniques (Bosch, Global Foundries, Infineon...).
Le groupe veut y fabriquer des composants à très grande finesse de gravure, de l'ordre de quelques nanomètres. Un projet en phase avec l'ambition du commissaire européen Thierry Breton qui juge "stratégique" pour l'Union européenne de disposer de telles usines dans un contexte de pénurie forte dans le monde.
Forte attente mais...
Les problèmes actuels dans la chaîne logistique mondiale ont en effet mis en lumière le caractère crucial des semi-conducteurs, incorporés à un nombre croissant de produits, allant des appareils électriques ou électroniques aux voitures.
Une pénurie mondiale de ces composants, aujourd'hui surtout fabriqués en Asie, a notamment causé plusieurs fermetures d'usines automobiles ces derniers mois.
L'attente est forte mais les projets d'Intel risquent de prendre du temps à se concrétiser malgré des procédures d'autorisation accélérées. La question est en effet de savoir s'il n'y aura pas un décalage avec la réalité du marché quand ces unités de production seront opérationnelles.
"Investir maintenant dans de nouvelles fabs (usines de fabrication) ne permettra d’augmenter la capacité de production qu’au bout de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Pour donner un ordre d’idée, quand l’entreprise fabriquant le plus de semi-conducteurs au monde (TSMC) annonce la construction d’une nouvelle usine en septembre 2021, elle prévoit que la production pourra débuter… en 2024", souligne Mathilde Aubry, enseignant-chercheur, titulaire de la chaire management de la transformation numérique de l'EM Normandie dans un rapport.
Industrie très cyclique
Par ailleurs, quand ces nouvelles capacités seront opérationnelles, le risque est que la demande ne sera plus la même. Le secteur "est caractérisé par une alternance de phases durant lesquelles l’offre est supérieure à la demande et de phases durant lesquelles c’est l’inverse".
Conséquence, "quand toutes les nouvelles fabs seront opérationnelles, la hausse des prix que nous pouvons connaître actuellement aura entraîné une baisse de la demande. La conséquence sera alors une nouvelle phase de surplus (offre supérieure à la demande). Ces usines risquent de ne pas être rentables, d’autant plus qu’elles deviennent, dans ce secteur, rapidement obsolètes" poursuit la chercheuse.
Et de prévenir: "On ne décide pas de produire des semi-conducteurs comme on décide de produire des masques: l’ajustement entre l’offre et la demande est difficile".











