Doliprane: le plan de Bpifrance pour s’inviter chez Opella

Elle s’agite en coulisse depuis plusieurs mois. La Banque publique d’investissement Bpifrance a pris contact avant l’été avec les deux principaux candidats à la reprise du Doliprane. Déjà, elle avait reçu instruction du gouvernement de se préparer à participer au rachat d’Opella, la filiale de Sanofi dédiée aux médicaments sans ordonnance.
BPI France connaît donc déjà le futur propriétaire, le fonds américain Clayton Dubilier and Rice (CD&R). Selon nos informations, ils ont déjà entamé leurs discussions cette semaine. L’institution publique doit aussi discuter avec Sanofi qui conservera 49% du capital et une présence au conseil d’administration. Cette négociation à trois s’annonce délicate.
"Bpifrance est habituée aux fonds d’investissement, note un bon connaisseur du dossier. Le problème sera davantage les discussions avec Sanofi."
Le bras armé de Bercy réclame un siège au conseil d’administration d’Opella. Mais Bpifrance ne détiendra que 1% du capital après avoir investi 150 millions d’euros, comme l’avait révélé BFM Business. Impossible pour la banque de mobiliser les 750 millions d’euros nécessaire pour obtenir 5% qui, de fait, lui permettrait de briguer une place d’administrateur.
Introduction en Bourse dans quelques années
Sur demande de Bercy, la banque publique cherchera pourtant à surveiller les intérêts français du Doliprane, ses deux usines et ses 950 emplois. Et des droits de veto pour empêcher d’éventuelles délocalisations ou fermetures de sites, ainsi que des plans sociaux.
Bpifrance anticipe surtout le désengagement de Sanofi. A terme, le groupe pharmaceutique sortira du capital d’Opella. CD&R prévoit de l’introduire en Bourse d’ici trois ans pour, à son tour, s’en désengager progressivement. Le fonds américain a déjà procédé de cette manière avec Spie et Rexel. La banque publique prévoit de son côté de rester au capital à long terme, au-delà de l’introduction en Bourse. Elle aussi est habituée à ce type de scénario, chez Verallia, l’ancienne filiale de Saint-Gobain, ou Constellium, l’ex-Pechiney.
Sanofi ne veut pas de Bpifrance
Sa mission la plus délicate sera en réalité de négocier le partage des pouvoirs avec Sanofi.
"Comment avoir les mêmes droits de véto alors que l’un aura 1% et l’autre 49% du capital", s’interroge un bon connaisseur du dossier.
D’autant que les relations entre Sanofi et les pouvoirs publics sont tendues. Lundi, les ministres de l’Economie et de l’Industrie se sont rendus dans l’usine de Lisieux qui fabrique le Doliprane. L’ambiance était tendue entre Antoine Armand et le président de Sanofi, Frédéric Oudéa.
Le groupe pharmaceutique reste opposé à l’arrivée de Bpifrance dans l’opération et souhaite se contenter d’engagements écrits sur l’emploi et les usines du Doliprane. Mais "le gouvernement n’a plus confiance en Sanofi qui se désengage de France depuis des années", explique un protagoniste.
Cette opération était dans les tuyaux depuis plusieurs années mais le précédent président de Sanofi refusait de la réaliser. Serge Weinberg, qui a quitté ses fonctions il y a un an et demi, s’était opposé à vendre Opella, estimant qu’elle rapportait suffisamment de cash pour la conserver. Contacté, l’intéressé n’a pas souhaité commenter.












