BFM Business

Télétravail dans la Fonction publique: une adoption moins rapide que dans le privé

BFM Business Olivier Chicheportiche , Journaliste BFM Business
placeholder video
Selon une étude, malgré un accord permettant aux fonctionnaires de télétravailler jusqu'à 3 jours par semaine, le basculement est lent. Explications.

Si les salariés du secteur privé ont pu assez rapidement et massivement se mettre en télétravail lorsque la situation sanitaire l'exigeait, dans la Fonction publique, la transition est bien plus progressive, selon le dernier baromètre* Wimi-Ipsos sur la question.

Les agents publics sont ainsi deux fois moins nombreux (8%) que les salariés du privé (16%) à télétravailler plus de deux jours par semaine. Une grande majorité des actifs du secteur public (69%) a d’ailleurs le sentiment que la fonction publique est en retard sur le secteur privé en matière de télétravail. Reste que 32% le pratiquent au moins une fois par semaine, contre 13% avant la crise (chiffre 2020).

Et c'est un paradoxe puisque les fonctionnaires disposent depuis juillet dernier d’un accord intersyndical qui leur permet de le demander jusqu'à 3 jours de télétravail par semaine.

Un accord très méconnu

Pourquoi une si faible adoption? D'abord, près d'un agent public sur deux (48%) ne connaît pas l’existence de cet accord selon l'étude.

Ensuite, les agents interrogés identifient plusieurs freins notamment culturels. 68% (+3pts vs 2020) des agents jugent que, dans leur organisation, "les gens restent au bureau pour montrer qu'ils travaillent".

Par ailleurs 48% d’entre eux estiment que le manque de confiance des managers rend difficile le développement du télétravail. Plus de la moitié des agents pensent que leur direction voit le télétravail d’un mauvais œil (58%), et que ceux qui travaillent à distance sont considérés comme des planqués (57%).

Enfin, les agents sont bien plus nombreux à estimer que le manque d’outils adéquats est un frein à la pratique du télétravail (48% vs. 30%).

L'enquête révèle néanmoins de fortes disparités entre les trois versants de la fonction publique : fonction publique d’État (FPE), fonction publique territoriale (FPT), et fonction publique hospitalière (FPH).

Peur d'être considéré comme un planqué

Les agents de la fonction publique hospitalière pratiquent actuellement le télétravail de manière moins fréquente: ils ne sont en effet que 23% à déclarer télétravailler au moins occasionnellement, contre 35% des agents de la fonction publique territoriale et 53% des agents de la fonction publique d’Etat.

Il faut dire que 62% des agents de la fonction publique hospitalière estiment que leur organisation n’a pas déployé les bons outils (contre 28% dans la FPE et 42% dans la FPT). 63% des agents de la fonction publique hospitalière n’ont pas facilement accès à tous les documents dont ils ont besoin lorsqu’ils ne sont pas au bureau (contre 33% dans la FPE et 38% dans la FPT).

Reste que la volonté globale d'intensifier le télétravail est forte. 56% des agents de la fonction publique estiment que le télétravail a changé l’organisation du travail dans le bon sens. Une grande majorité (70%) souhaite le pratiquer (au moins occasionnellement) contre seulement 42% qui le pratiquent aujourd’hui.

"Les résultats de ce deuxième baromètre indiquent clairement que le travail à distance dans la fonction publique est une révolution encore inaboutie. Il donne des pistes pour le mettre en œuvre massivement: adresser le risque de cybersécurité, équiper les administrations, surtout hospitalières et territoriales, mais aussi mettre en œuvre les fondements du travail ouvert: confiance, partage d’informations, et répartition des tâches" commente Antoine Duboscq, président de Wimi.

*: l’enquête a été menée par un questionnaire auto-administré en ligne du 4 au 12 novembre 2021, auprès d’un échantillon de 500 actifs du secteur public et de 500 actifs du secteur privé qui travaillent tous les jours ou plusieurs jours par semaine dans un bureau. La représentativité a été assurée par la méthode des quotas.