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Covid: même sans confinement, la deuxième vague va limiter la reprise économique

BFM Business Pierre Kupferman , Rédacteur en chef BFM Éco
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L'OFCE a dévoilé ce mercredi ses prévisions économiques qui prennent en compte les mesures de restrictions decidées par les Etats pour faire face à la deuxième vague de Covid-19. Le rebond de 2021 ne serait pas aussi puissant que les 8% attendus par le gouvernement.

Quel impact économique auront les mesures de restrictions décidées par de nombreux gouvernements pour faire face à la deuxième vague de Covid-19? L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) vient de se livrer à cet exercice dans les prévisions dévoilées ce mercredi pour 2020 et 2021. Son scénario repose uniquement sur les mesures déjà connues au 9 octobre. Il ne prend donc pas en compte, pour la France, les probables couvre-feux décidés et sans doute annoncés par Emmanuel Macron dans la soirée.

Pour les économistes de l’OFCE, la France continuera à se situer parmi les grandes puissances qui vont à la fois connaitre cette année l’une des plus fortes récessions de leur histoire (-9%) et l’un des plus forts rebonds l’an prochain (+7%). Un rebond en partie mécanique. Dans le cas précis d’une pandémie limitant la consommation et les échanges commerciaux, plus le PIB chute brutalement, plus son rebond est important. C’est ainsi que l’Allemagne dont le PIB, selon l’OFCE, ne reculerait pas plus qu’en 2009 (-4,9% contre -5%, onze ans plus tôt) bénéficiera, elle, d’un rebond économique moins spectaculaire que celui observé en France (+4,6%).

Sans plan de relance, la croissance n'atteindrait que 6% en 2021

Cela dit, les prévisions de ces économistes de cet observatoire indépendant se révèlent un peu différentes de celles du gouvernement qui ont servi de base pour établir le budget de l’Etat et de la Sécurité sociale en 2021. Bruno Le Maire table lui sur une chute de 10% du PIB cette année suivi d’un rebond de 8% en 2021. Grâce notamment au plan de relance dont près d’un tiers devra avoir été dépensé d’ici la fin de 2021. Un effort financier qui devrait légèrement "booster" la croissance au-delà du rebond mécanique. "Sans ce plan, on serait à 6% de croissance en 2021" souligne-t-on à l’OFCE.

Quoi qu'il en soit le durcissement des mesures prophylactiques imposées dans les grandes villes ne va pas peser sur l'économie avec autant d'intensité que lors du confinement du printemps. Mais, sans surprise, l'OFCE note que certains secteurs vont être lourdement pénalisés, non seulement cette année mais aussi en 2021.

Après un rebond estival inégalement réparti, les professionnels de l’hébergement-restauration verront leur activité baisser d’un tiers d’ici la fin d’année par rapport au niveau de 2019. Et leur situation financière sera toujours dégradée de l’ordre de 20% en fin d’année prochaine. Ce qui laisse augurer de nombreuses faillites et des suppressions d’emplois.

86 milliards d'euros "d'épargne forcée" d'ici la fin de l'année

Tout aussi touché, le secteur des transports, devrait mettre encore plus de temps à se remettre d’une crise à laquelle ses fleurons ne pensaient jamais être confrontés. Avec une chute de 30% fin 2020 par rapport à la même période de 2019 et un recul de 22% fin 2021. Or c’est en grande partie parce que les Français qui voyagent comme ceux qui déjeunent et dînent régulièrement au restaurant ont été contraints de réduire ces dépenses, du fait des décisions préfectorales ou nationales que ces mêmes Français ont accumulé plus d’épargne cette année qu’en 2019.

Une épargne forcée qui atteindra 86 milliards d’euros d’ici la fin de l’année selon l’OFCE et qui s’ajoute aux 220 milliards habituellement mis de côté bon an mal an par les ménages. Toute la question maintenant est de savoir si, quand et comment cette épargne forcée va être dépensée. Pour le moment ce sont surtout les produits d’équipement pour la maison qui en profitent et, dans une moindre mesure, le secteur automobile.

840.000 destructions nettes d'emplois en 2020, 510.000 créations en 2021

Côté emplois, les économistes de l’OFCE se montrent plus pessimistes que la Banque de France. Entre les créations d’un côté et les suppressions de l’autre, 840 000 emplois seraient détruits sur l’année en cours. Ce qui signifie qu’en douze mois, la France aura perdu plus d’emplois qu’elles n’en a créé sur les trois dernières années (2017, 2018 et 2019). Et les 7% de croissance de 2021 ne suffiront pas à compenser ces destructions massives.

L’OFCE table sur un demi-million de créations nette d’emplois. Ce qui signifie que le taux de chômage passerait de 11% à la fin de l'année (soit 810.000 demandeurs d'emplois de plus qu'en 2019) à 9,6% à la fin 2021, c’est-à-dire le niveau que la France affichait en 2016. Avec, là encore, des victimes qui sont les plus précaires, CDD, intérimaires, les personnes sans qualifications, et les jeunes qui arrivent sur le marché du travail.