Qui est Laurent Mauvignier, lauréat du prix Goncourt pour "La maison vide"

Plus de 20 ans qu'il attendait cette distinction. Malgré trois concurrents sérieux en face de lui - Kolkhoze d'Emmanuel Carrère, Le Bel Obscur de Caroline Lamarche et La Nuit au Cœur de Nathacha Appanah (qui remporté le prix Femina le 3 novembre), Laurent Mauvignier a obtenu le prix Goncourt, ce mardi 4 novembre pour La maison vide, vaste fresque familiale de 750 pages.
"Je ressens de la joie", c'est "une récompense énorme parce que c'est un livre qui vient de l'enfance et de plusieurs générations", a réagi l'auteur de 58 ans à son arrivée à Drouant, célèbre restaurant proche de l'Opéra à Paris, où l'attendaient les 10 jurés de l'Académie Goncourt.
La plus prestigieuse récompense littéraire en France vient ainsi concrétiser le parcours d’un écrivain discret, reconnu pour son œuvre "très importante" et pour un roman "quand même fondamental", d'après Philippe Claudel, le président de l'Académie Goncourt.
Récits sur les non-dits et les liens familiaux
Né en 1967 à Tours, formé aux Beaux-Arts après un BEP de compatabilité, Laurent Mauvignier publie son premier roman, Loin d’eux, en 1999 aux éditions de Minuit. Devenu l’une des voix majeures de la littérature française contemporaine, il n'avait pourtant jusqu'alors jamais reçu un seul grand prix d'automne.
Avec des romans comme Des hommes (2009), qui évoquait la guerre d’Algérie, ou Histoires de la nuit (2020), huis clos rural haletant, Laurent Mauvignier aime livrer des récits centrés sur les silences, les blessures et les non-dits, explorant les liens familiaux, la mémoire collective et les traces laissées par les traumatismes de l’Histoire.
La Maison vide, roman pour lequel l'auteur a été récompensé du prix Goncourt mais aussi du prix du Monde et du prix Cultura, s’inscrit dans cette continuité, tout en élargissant le cadre. Sorti fin août, cet ouvrage de 750 pages raconte une saga familiale étalée sur trois générations, depuis le début du XXe siècle, dans une bâtisse de La Bassée, un village imaginaire de Touraine.
"Je crois que mon histoire familiale ressemble à celle de millions de Français, avec ses zones d'ombre et ses parts plus glorieuses", avait expliqué à l'AFP Laurent Mauvignier. "Au bout de deux, trois générations les souvenirs se perdent. Et une fois que ce fil est coupé, c'est terminé totalement".
"Une expérience d’écriture très étrange"
Cet ouvrage est d'autant plus particulier pour Laurent Mauvignier qu'il a traversé une grave épreuve personnelle pendant son écriture, comme il l'a confié au journal Le Monde.
"J'ai eu un cancer pendant que je l’écrivais. Ça a été une expérience d’écriture très étrange: j’ai eu l’impression de perdre complètement la tête sur tout, sauf lorsque je prenais mon ordinateur", avait-il indiqué.
"Je me souviens de m’être fait engueuler par les infirmières. (...) Ça durait vingt minutes, et puis j’y revenais le lendemain. Je n’ai jamais perdu le fil. J’avais commencé le livre avant d’être malade, sans quoi je n’aurais jamais pu", précisait l'auteur.
Déjà parmi les plus gros succès de la rentrée littéraire - avec plus de 80.000 exemplaires écoulés - La maison vide, devraient voir ses ventes démultipliées grâce au bandeau rouge "Prix Goncourt" apposé sur la couverture.
Les récents lauréats ont ainsi parfois dépassé les 500.000 exemplaires écoulés. Une aubaine dans un climat morose pour l'édition, avec un recul des ventes de 5,7% en volume en septembre par rapport au même mois de 2024, selon les chiffres de Livres Hebdo.











