BFM Côte d'Azur

"Il n'était pas là par hasard": deux victimes du "violeur d'Antibes" témoignent, plus de 20 ans après leur agression

BFM Côte d’Azur Mélanie Hennebique
placeholder video
Téléchargez la nouvelle application BFM
Sylvaine et Sylvie ont pris la parole ce dimanche 25 janvier dans l'émission "Affaire Suivante" consacrée à l'affaire du violeur d'Antibes. Durant les années 1990 et les années 2000, un individu a attaqué plus d'une dizaine de femmes. Seul son ADN est connu à ce jour des services de police.

Il n'a pas de nom, ni de visage, et il court toujours. De 1994 à 2006, le "violeur d'Antibes" s'en est pris à au moins 16 femmes dans le sud de la France et en région parisienne. Une affaire un temps restée dans l'oubli avant que le pôle cold case de Nanterre ne se saisisse de l'enquête en 2024.

Sur le plateau d'Affaire Suivante, deux des victimes de l'agresseur, Sylvaine et Sylvie, ont pris la parole ce dimanche 25 janvier et sont revenues sur un dossier encore teinté de zones d'ombre, mais qui suscite encore l'espoir.

Un modus operandi défini

L'affaire dite du "violeur d'Antibes" est celle d'un homme qui suivait systématiquement le même modus operandi. Equipé d'une cagoule et de gros scotch, il s'introduisait chez ses victimes, généralement des femmes seules, durant la nuit après les avoir repérées.

Le 12 juillet 2003, Sylvaine rentre chez elle, à Aix-en-Provence, après un voyage depuis Paris où elle a travaillé en tant que maquilleuse pour un défilé de mode. Elle se couche, puis s'endort. Dans un sursaut, elle sent une masse qui lui saute dessus, puis l'immobilise et la menace d'un couteau.

"Rapidement, je comprends qu'il est là pour me violer. Je me laisse attacher les mains dans le dos, il me bande les yeux avec du scotch et me met un tissu sur la tête", raconte-t-elle sur le plateau de BFMTV. Alors qu'il se déshabille, elle distingue avec difficulté sa silhouette sous le scotch qui lui obstrue la vision. Puis capte un geste par lequel il replace ses lunettes. Il dégage une odeur forte et désagréable.

En parlant avec lui, tentant de l'amadouer, elle remarque qu'il zozote, mais comprend surtout qu'elle a été suivie et scrutée. "Il n'était pas là par hasard", raconte Sylvaine. L'homme la viole, puis se rhabille et part en courant. L'Aixoise a le temps de se relever et de le regarder par le balcon d'où il était passé: elle constate qu'il porte une cicatrice, visible grâce à des cheveux très courts, et qu'il s'agit d'un homme "de type caucasien".

Trahi par son ADN

L'enquête policière autour de l'agresseur, en tant que violeur en série, n'a vraiment débuté qu'en 2005, à Antibes. Plusieurs agressions s'y sont déroulées, après celle de Sylvie, survenue l'année précédente. Seule chez elle un soir d'été dans sa résidence sécurisée, elle est surprise par l'agresseur qui la plaque sur le sol et lui assène des coups.

"Je sens qu'il est là pour me faire du mal, il a une odeur forte, il m'a frappée pendant 3 min 40 sur mon côté droit, donc j'ai estimé qu'il était gaucher", se souvient-elle.

L'Antiboise parvient à se dégager, ne cède pas et fait fuir l'agresseur. Sur place, comme chez les victimes suivantes, un ADN est relevé.

La police sort des scellés d'affaires similaires et réalise que ce même individu, appelé alors dans la presse "le violeur des balcons", est l'auteur de dix viols dans six villes de trois départements différents. Sauf qu'il ne fait pas partie des fichiers des autorités, signifiant qu'il n'a jamais été attrapé comme un primo-délinquant.

Des viols en région parisienne et dans le Sud

L'affaire du violeur d'Antibes est celle d'un homme "méthodique, avec de l'agressivité, de la frustration et de la violence", raconte François Daoust, directeur du Centre de recherche de la gendarmerie nationale. Grâce au logiciel SALVAC, qui relie les actes de violence aux crimes pour identifier des criminels en série, la police constate qu'il repère les lieux de ses agressions et les connaît, trahissant une tendance à guetter ses victimes.

Des scellés d'affaires survenues en région parisienne ont été ajoutés au dossier. Les résultats ont démontré qu'il s'agissait du même homme. "On sait qu'il était en région parisienne jusqu'à la fin des années 1990, puis qu'il est allé dans le sud de la France", précise François Daoust. Mais il n'a plus refait surface depuis 2006.

"Violeur d'Antibes" : un cold case vieux de 30 ans - 25/01
"Violeur d'Antibes" : un cold case vieux de 30 ans - 25/01
29:58

Le dossier est désormais entre les mains du pôle cold case de Nanterre. Didier Seban, avocat de cinq victimes, révèle aussi l'existence d'un ancien gendarme qui reprend les anciens dossiers, reçoit les victimes et demande des vérifications. Sylvaine s'est notamment retrouvée face à un profiler qui l'a placée dans un état d'hypnose pour tenter de faire émerger des souvenirs de sa mémoire traumatique.

Les autorités souhaiteraient en outre utiliser la généalogie génétique, une pratique interdite en France. Le procédé, qui consiste à utiliser l'ADN d'un criminel pour trouver un lien avec des pairs, a déjà fait ses preuves aux États-Unis en permettant la résolution de plusieurs affaires.

Des victimes unies

Aujourd'hui, le dossier lié au violeur d'Antibes est aussi un combat pour ses victimes, qui espèrent encore mettre un visage et un nom sur celui qui les a marquées à vie. Après son agression, Sylvie a traversé plusieurs phases d'anorexie. "Il y a 20 ans, on m'avait certifié que je n'étais pas une victime, car je n'avais pas été violée", dénonce-t-elle.

De son côté, Sylvaine a dû vivre avec la dépression, les insomnies et les migraines, ainsi que des séquelles sexuelles. Elle pointe d'ailleurs du doigt l'enquête réalisée à l'époque des faits, assurant qu'il était dommageable de ne pas avoir permis aux victimes de se rassembler pour échanger et trouver des dénominateurs communs sur le profil du violeur en série.

Un collectif a d'ailleurs été créé par les victimes pour trouver d'autres témoignages, enclenchant à leur manière une chasse à l'homme. L'occasion pour elles de "se donner de la voix" pour une "affaire méconnue", affirme Sylvaine, alors qu'elles ont été "tenues au silence pendant des années".