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Alpes-Maritimes: une société de sécurité privée mobilisée pour exfiltrer les civils d'Ukraine

BFM Côte d’Azur Florian Bouhot , Journaliste BFM Régions
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Algiz Security, entreprise basée à Menton, déploie ses agents à proximité des zones de conflit et fournit véhicules et itinéraires. Certaines opérations peuvent coûter jusqu'à 50.000 euros.

"Deux semaines et demie de misère." Laurent Rossi, maralpin expatrié en Ukraine, n'a que peu de mots pour décrire l'interminable séjour qu'il vient de passer dans un bunker à Marioupol, avec sa compagne Veronika, sa belle-fille Victoria et plusieurs dizaines d'habitants.

Voilà plusieurs semaines que la ville portuaire, ancrée au sud-est du pays, essuie un déluge de bombes. Elle est aujourd'hui en miettes. 90% des infrastructures ont été réduites à néant, selon le maire. Fort heureusement, le Français et sa famille ont pu prendre la fuite au lendemain du bombardement du théâtre de la ville et regagner la France, pour le plus grand bonheur de son père.

Cette exfiltration sécurisée, longue de six jours, Laurent Rossi la doit en grande partie à une société privée basée à Menton: Algiz Security. Au deuxième jour de son périple, après avoir fui Marioupol en voiture et enchaîné les checkpoints jusqu'à Berdiansk, le Français a été contacté par un représentant de cette entreprise, particulièrement active depuis le début de l'invasion russe.

"T'inquiète pas, je connais les routes..."

"Il m'a appelé et m'a dit: 'J'ai une voiture qui va arriver pour toi. Tu la prends et tu roules. Je connais les routes. T'inquiète pas, je connais les routes qu'il faut prendre'", raconte Laurent Rossi au micro de BFM Nice Côte d'Azur. Ensuite, on a été pris en charge par des locaux à Zaporijia, qui nous ont mis en sécurité."

Sascha Kunkel, directeur et fondateur d'Algiz Security, estime "capital" de "travailler avec des locaux". "Même si ce n'est pas des professionnels de la sécurité, ils savent très bien ce qui est bon ou mauvais, à quel endroit on peut passer. Ils connaissent des chemins qu'on ne trouve pas sur une carte", développe-t-il.

Au total, une cinquantaine d'agents d'Algiz Security ont été mobilisés pour secourir Laurent Rossi et sa famille. Radek, ancien légionnaire, a retrouvé les rescapés en Moldavie.

Une aide des mécènes, des ONG, des assurances

"On est arrivés à Rîbnița. On a récupéré les clients: Laurent avec sa famille, rembobine l'agent. On les a ramenés jusqu'à un point sûr en Roumanie. Ils étaient assez stressés. Notre rôle, c'est aussi de calmer les clients, qu'ils ne fassent pas de bêtises sur les checkpoints si on se fait arrêter."

Un autre chauffeur a ensuite pris le relais pour les conduire à Bucarest, en Roumanie, d'où ils ont décollé en direction de Paris.

Ce type d'opérations spéciales peut être facturé jusqu'à 50.000 euros selon les situations. Une somme que contribuent à financer des mécènes, des ONG ou des assurances.

"Étape par étape"

Algiz Security supervise actuellement trois missions de secours, deux fois moins qu'il y a quelques semaines. Pour les agents de l'entreprise, l'objectif reste le même: établir les meilleurs itinéraires en temps réel et rester réactifs de jour comme de nuit.

"Le voyage, hors temps de guerre, est de vingt heures, relate Sascha Kunkel. Aujourd'hui, vous devez tout multiplier par cinq voire par dix. Une station essence qu'on connaissait jusque-là, qui a encore de l'essence à vendre, est peut-être fermée."

"Il faut être en permanence derrière et guider ces gens étape par étape", ajoute-t-il. Pour cela, l'entreprise bénéficie d'un appui sur place, composé non seulement de locaux mais aussi d'ONG, qui lui permet d'alimenter des cartes en temps réel. Sur les nombreux écrans de veille, des pictogrammes et un code couleurs indiquent les zones bombardées, les zones de combat terrestre, etc.

Reconstruction

Tout cela est fini pour la famille de Laurent Rossi. De retour à Beausoleil, le Français, sa fiancée et sa belle-fille tentent de se reconstruire, loin de leur immeuble détruit à Marioupol. Victoria, 5 ans, a été inscrite à l'école à Monaco, où elle est suivie par des professeurs de russe. Pour Veronika, l'affaire est plus complexe.

Cette dernière a fondu en larmes en passant la frontière moldave, selon le récit de son compagnon. Elle craint ne jamais pouvoir refouler la terre de son pays, où sont toujours coincés ses parents.