Strasbourg: le procès sur le féminicide de Christine Bailly s'ouvre ce mercredi pour trois jours

Elle l'avait quitté et venait de rencontrer un nouveau compagnon, il l'a tuée: les assises du Bas-Rhin se penchent à partir de mercredi 24 janvier sur la mort en 2020 de Christine Bailly, un féminicide qui avait secoué l'Alsace.
Bruno Peter, un technicien de maintenance de 53 ans, est jugé jusqu'à vendredi pour assassinat. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Aide-soignante en Ehpad de 58 ans et mère de deux enfants majeurs, Christine Bailly avait été retrouvée morte le 26 septembre 2020, gisant dans une mare de sang au sous-sol de sa maison de Wissembourg, dans le nord de l'Alsace.
Les experts ont dénombré une dizaine de coups de couteau sur son corps, dont une large plaie d'égorgement de 17 cm. Une bombe lacrymogène se trouvait près d'elle.
Interpellé dans le Gard
La mort extrêmement violente de cette quinquagénaire discrète et très appréciée dans son travail avait sidéré la petite ville, où une marche blanche avait réuni environ 250 personnes.
Les soupçons s'étaient rapidement tournés vers Bruno Peter après la découverte d'une lettre dans son appartement. S'adressant à ses proches, il écrivait : "J'ai décidé de tuer Christine car cette femme s'est bien moquée de moi". Il se disait "trahi", la qualifiait de "manipulatrice" et "maléfique" et expliquait qu'il allait se suicider, jugeant "inutile de partir en 'cavale'".
"J'ai fait ma justice à ma façon et préfère quitter ce monde", ajoutait-il.
Bruno Peter, en réalité en fuite, était interpellé deux jours plus tard à 800 kilomètres de là, à Alès (Gard). Dans son véhicule: plus de 1.500 euros en liquide, des vêtements ainsi qu'un ticket de caisse mentionnant l'achat d'un couteau et d'une bombe lacrymogène en Allemagne, où il travaillait.
Flou sur les circonstances du crime, il a toutefois reconnu avoir tué son ex-compagne. Aux enquêteurs, il a dit avoir "mille regrets (...) Si j'étais Dieu, je redonnerais vie à Christine".
Il avait entretenu pendant environ un an une relation avec cette quinquagénaire, veuve depuis 2018. Lui-même était divorcé de sa femme avec laquelle il a eu deux enfants.
En 2013, il avait fait l'objet d'un rappel à la loi pour "violences volontaires par conjoint" sur elle. La même année, en pleine séparation, il avait également rédigé un courrier inquiétant dans lequel il disait à ses fils leur avoir "enlevé maman", sans toutefois passer à l'acte.
"Insistant" et "Indiscret"
Christine Bailly l'avait quitté une première fois en février 2020, avant de renouer, puis de rompre définitivement en juin, le trouvant "insistant", "accaparant" et "indiscret".
Selon l'enquête, Bruno Peter, qui avait espionné son ancienne compagne, avait découvert qu'elle avait un nouveau compagnon, domicilié dans le Sud-Ouest. Trois jours avant le crime, il l'avait contacté sous une fausse identité, découvrant qu'il comptait s'installer en Alsace avec Christine.
Insupportable pour un accusé décrit par les experts comme ayant une personnalité obsessionnelle présentant un rapport problématique aux femmes, vécues comme menaçantes dès qu'elles ne sont plus vulnérables.
La question de la préméditation sera sans doute "le point central" des débats, prédit son avocat, Matthieu Dulucq. Son client s'interroge ainsi sur l'effet qu'aurait pu avoir sur lui le Veratran, un médicament prescrit avant les faits par le psychiatre que Bruno Peter, "très déprimé", consultait : l'anxiolytique aurait-il pu favoriser une "pulsion" et le passage à l'acte ?
La question "se pose, sans pour autant aller jusqu'à dire qu'il n'est pas responsable", nuance Me Dulucq, dont le client se demande encore "comment il a pu commettre l'irréparable (...) tuer la femme qu'il a la plus aimée au monde".
"C'est la grande mise en scène du: 'J'ai commis l'acte mais je ne suis pas responsable, c'est la faute au médicament'", balaie Francis Metzger, l'avocat de la famille de Christine Bailly, qui souhaite que la préméditation soit retenue.
En moyenne, un féminicide survient tous les trois jours en France. Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a récemment avancé le chiffre de 94 féminicides en 2023, contre 118 en 2022, une baisse accueillie avec prudence par les associations féministes.













