Sciences Po Strasbourg renouvelle son partenariat avec l'université Reichman en Israël
Une femme marche devant l'Institut d'études politiques (Sciences-Po) de Strasbourg, le 30 octobre 2024 - FREDERICK FLORIN © 2019 AFP
L'Institut d'études politiques (IEP) de Strasbourg a annoncé ce jeudi 18 décembre "renouveler l'avis favorable" à son partenariat avec l'université Reichman de Herzlya, en Israël, qui avait été suspendu en juin dans le contexte du conflit à Gaza.
Réuni mercredi soir, le Conseil d'administration de l'établissement a adopté un texte qui "réaffirme la confiance" de Sciences Po Strasbourg envers l'université Reichman et exprime "son soutien à la poursuite du partenariat", indique Jean-Philippe Heurtin, le directeur de l'IEP, dans un communiqué. Le texte a été voté à 14 voix pour, 1 contre et 4 abstention, tandis que 14 membres du conseil d'administration n'ont pas pris part au vote.
Patrick Hetzel, ministre démissionnaire chargé de l'Enseignement supérieur, a applaudi sur X "une décision salutaire qui réaffirme les valeurs de coopération universitaire face aux dérives partisanes".
Cinq démissions
A l'inverse, cinq enseignants-chercheurs ont annoncé démissionner du conseil d'administration après ce vote, qu'ils ont qualifié de "déni de démocratie" en dénonçant les "nombreuses pressions tant internes qu'externes" entourant le scrutin.
"Nous refusons d'être complices d'une université qui soutient le massacre de civils et des opérations militaires contraires au droit international à Gaza, au Liban et maintenant en Syrie", écrivent dans un communiqué Vincent Dubois, Michel Fabreguet, Valérie Lozac'h, Jérémy Sinigaglia et Nadine Willmann.
Le Conseil d'administration de Sciences Po Strasbourg a rappelé "le caractère privé de l'université Reichman, ce qui signifie sa pleine indépendance financière vis-à-vis du gouvernement israélien".
Il a également relevé la "diversité de positions concernant les réformes illibérales et la conduite de la guerre" parmi les enseignants-chercheurs de l'université Reichman, et la présence parmi eux de "voix critiques" à l'encontre de l'actuel gouvernement israélien.
Il avance que le soutien de cette université aux forces armées israéliennes "se limite à la collecte de denrées alimentaires, à la mise en place de soutiens psychologiques et à une attention aux étudiants réservistes mobilisés".
Les enseignants démissionnaires dénoncent des liens "avec l'armée"
A l'inverse, les enseignants-chercheurs démissionnaires du conseil d'administration ont dénoncé les liens de l'université Reichman "avec l'armée et "l'enrôlement des étudiants dans des activités de propagande".
Le Conseil d'administration de l'établissement a aussi adopté une autre motion appelant à "rejoindre l'ensemble des forces sociales et politiques qui réclament un cessez le feu immédiat et pérenne et la libération des otages détenus par le Hamas".
Le 3 décembre, un précédent Conseil d'administration de l'établissement, avec le même ordre du jour, avait été empêché par l'irruption d'étudiants. La suspension du partenariat entre Sciences po Strasbourg et l'université Reichman avait été votée en juin mais rendue publique en octobre.
Cette décision était le résultat d'une motion présentée par la liste Solidarit'Etudiants qui, tout en condamnant "sans réserve l'attaque terroriste subie par la population israélienne le 7 octobre 2023", dénonçait les positions de l'université Reichman, "profondément bellicistes et dénuées de toute perspective humaniste (...) au regard de la guerre en cours à Gaza".
Cette suspension avait suscité de nombreuses réactions au sein de la classe politique. Jean-Noël Barrot, alors ministre des Affaires étrangères, avait jugé la décision "affligeante".













