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Bas-Rhin: une nourrice accusée d'avoir provoqué la mort d'un bébé en le secouant jugée aux assises

BFM Alsace Al.L avec AFP
Le procès de la nourrice se déroule sur trois jours aux assises du Bas-Rhin, au palais de justice de Strasbourg.

Le procès de la nourrice se déroule sur trois jours aux assises du Bas-Rhin, au palais de justice de Strasbourg. - BFM Alsace

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La nourrice avait expliqué avoir retrouvé l'enfant amorphe après lui avoir donné le biberon. Pris de panique, elle expliquait avoir secoué le bébé pour le ranimer avant d'appeler les secours.

Une assistante maternelle de 44 ans est jugée depuis lundi devant les assises du Bas-Rhin, à Strasbourg, accusée d'avoir secoué un nourrisson dont elle avait la garde, entraînant sa mort.

Le 22 octobre 2013, cette femme avait appelé vers 8h30 les pompiers, paniquée, expliquant que le petit Hugo, six mois, qui lui avait été confié moins d'une heure auparavant, était amorphe et que du lait sortait du nez et de la bouche de l'enfant.

Plusieurs traumatismes relevés par les expertises

Transféré aux urgences pédiatriques, le bébé est mort dans la matinée. Les examens médicaux ont relevé des lésions correspondant à "une ou plusieurs manœuvres de secouement violent".

Selon les expertises, le nourrisson a subi au moins trois traumatismes: le premier, dû à un secouement entre son 5e et son 6e mois, le second, dû à un choc sur la tête et le troisième, un nouvel épisode de secouement, survenu quelques minutes avant l'appel aux services de secours.

Hugo était gardé depuis un mois chez l'assistante maternelle, qui gardait également un autre enfant. L'assistante maternelle avait reçu un agrément un peu plus d'un an auparavant, en août 2012.

Le jour du drame, le nourrisson revenait chez sa nourrice après quelques jours d'absence. La mère de ce second enfant a assuré que la nourrice était "quelqu'un de toujours calme, souriant, qui n'avait pas d'accès de colère". Qu'elle ait pu commettre des violences sur Hugo c'est "inconcevable", a aussi déclaré l'ancienne enseignante d'un des enfants de l'assistante maternelle, qui l'accompagnait à l'occasion de sorties scolaires. "J'avais toute confiance en elle", a-t-elle complété.

L'assistante maternelle, mère de deux enfants, a expliqué que ce matin-là, elle lui avait donné un biberon et qu'il avait fait deux rots qu'elle avait trouvés "bizarres". Puis elle l'avait couché et s'était absentée de la pièce quelques instants. A son retour elle l'avait retrouvé amorphe et, paniquée, l'avait secoué pour le ranimer avant d'appeler les secours.

"Tout s'est effondré"

Lundi, la cour d'assises a entendu le directeur d'enquêtes de la gendarmerie qui a raconté que l'assistante maternelle avait "changé un peu sa version", et affirmé qu'elle avait eu un "malaise". En revenant à elle, elle avait trouvé l'enfant sur le lit "comme une poupée de chiffon" et l'avait secoué "assez vivement pour obtenir une réaction de sa part".

Puis, dans l'après-midi de ce lundi, les parents de la victime ont pu s'exprimer devant la cour d'assises. Arrivés aux urgences peu de temps après le transport de leur enfant, les parents apprennent qu'Hugo est décédé et présente des lésions, dont une hémorragie rétinienne.

"Là, tout s'est effondré, on ne voulait pas le croire...", a raconté le père, en larmes devant la cour. Deux mois plus tard, les gendarmes les informent que la nourrice a avoué avoir secoué leur bébé, un "coup de massue" pour le père.

"Je n'ai pas compris pourquoi un enfant aussi calme, aussi sage, pouvait être secoué. Hugo, il ne pleurait pas", a témoigné de son côté la mère de l'enfant, âgée de 42 ans aujourd'hui.

L'assistante maternelle a été renvoyée aux assises plus de dix ans après le drame, un délai qui s'explique par de nombreuses expertises et contre-expertises. "J'attends que sa culpabilité soit reconnue", a martelé la mère d'Hugo, "ça fait dix ans qu'on attend". Avec son compagnon, ils ont eu deux autres garçons dont l'un est suivi par un psychologue car "il refuse de grandir".

"On a refait deux enfants mais on les a gardés nous-mêmes", confie le père, sa compagne reconnaissant qu'elle ne "fait plus confiance à personne". Le procès de l'assistante maternelle doit se prolonger jusqu'au mercredi 26 juin.