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Covid-19: le nombre de patients diminue, mais les soignants ne sont pas encore "totalement rassurés"

BFM Salomé Vincendon , Journaliste BFMTV
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Si les indicateurs épidémiques montrent une légère amélioration la situation reste encore fragile. Certains observateurs craignent ainsi un déconfinement trop tôt, qui serait suivi par une hausse des cas.

Le nombre de patients hospitalisés continue sa lente décrue. Après avoir dépassé les 6000 fin avril, le nombre de patients en réanimation a atteint les 5504 ce mardi, selon le dernier bilan de Santé Publique France, mais le taux d'occupation des lits est toujours de 108.8% au niveau national. La situation reste donc fragile, à 15 jours maintenant de la réouverture des terrasses et de certains lieux culturels.

"Nous serons totalement rassurés lorsqu'il n'y aura quasiment plus de patients qui arrivent en réanimation", tempère ainsi sur BFMTV Jean-Louis Teboul, chef du service de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Bicêtre (Val-de-Marne). "Le deuxième point, c'est quand on pourra reprogrammer des actes qui ont été déprogrammés".

Des critères de déconfinement discutés

Tous les départements français ont, ou sont passés, sous le taux d'incidence de 400, un taux en-dessous duquel le déconfinement peut avoir lieu selon les derniers critères établis par le gouvernement. En Seine-Saint-Denis, après une flambée épidémique en mars et en avril, le taux d'incidence est par exemple descendu à 390.

Mais ces chiffres, calculés sur les sept derniers jours, sont à analyser avec prudence, car ils prennent en compte les résultats des dépistages du 1er mai, jour lors duquel moins de tests ont été réalisés. De plus, la barre des 400 fixée par l'exécutif, est contestée - elle est loin par exemple de l'ancien "seuil d'alerte" de 50.

"Vous ne trouverez pas un seul pays au monde qui retienne comme seuil de déconfinement une incidence de 400 cas pour 100 000 habitants. Tous les autres pays retiennent des seuils beaucoup plus bas, 40 au Japon, 100 dans de nombreux pays", déclare dans Le Monde l'épidémiologiste Dominique Costagliola, qui craint un rebond épidémique avec ce déconfinement. "Ce seuil de 400 a été choisi car il était plausible que toutes les régions l’atteignent au 19 mai. Mais la probabilité pour que ça passe est toute petite."
Nombre de personnes en réanimation en France sur un an
Nombre de personnes en réanimation en France sur un an © BFMTV

Pour rappel, en novembre dernier, les seuils à atteindre pour la levée des restrictions étaient bien inférieurs aux taux observés actuellement. Emmanuel Macron avait ainsi fixé un niveau de 5000 contaminations maximum par jour - selon le dernier bilan ce chiffre est de 24.371 - et "entre 2500 à 3000 personnes en réanimation", contre 5500 aujourd'hui.

"Sans risquer un débordement des capacités hospitalières"

Plusieurs médecins et spécialistes du virus ont déjà alerté sur les risques d'un déconfinement trop prématuré, alors que le SARS-CoV-2 circule encore beaucoup. Selon les projections de l'Institut Pasteur, le nombre de patients hospitalisés pour Covid-19 va se réduire dans les prochaines semaines, mais après le 19 mai, la situation épidémique pourrait se dégrader, en raison de l'ouverture des terrasses, musées ou encore cinémas.

"Un haut niveau d’adhésion aux mesures de prévention individuelles et la progression rapide de la vaccination sont essentiels pour permettre un assouplissement prochain des mesures collectives sans risquer un débordement des capacités hospitalières", écrit Santé Publique France dans son dernier bilan hebdomadaire.

Le gouvernement a déjà à plusieurs reprises déclaré compter sur la vaccination, mais aussi sur l'arrivée des beaux jours, pour enrayer la circulation du coronavirus.

Mais, "le risque quand une partie importante de la population n'est pas vaccinée, c'est que le virus court toujours tout seul devant et peut muter, donc on peut toujours avoir une mauvaise surprise de l'apparition d'un variant", explique sur BFMTV Phiippe Juvin, chef du service des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou (Paris).

Les mesures de déconfinement national pourront toutefois "être tempérées par des 'freins d’urgence' dans les territoires où le virus circulerait trop", écrit le gouvernement. Ainsi, si le taux d'incidence repasse au-dessus des 400 infections pour 100.000 habitants, s'il est observé "une augmentation brutale du taux" ou s'il y a un "risque de saturation des services de réanimation", elles pourront être réévaluées.