Colère agricole: comment des tracteurs sont-ils entrés dans Paris malgré les consignes de fermeté des autorités?

Des dizaines de tracteurs sont entrés dans Paris ce jeudi 8 janvier à l'appel de la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole. La CR, habituée des opérations coup de poing, est passée outre l'interdiction de manifester autour des institutions parisiennes jeudi, et a débarqué à l'aube autour de l'Arc de Triomphe et de la Tour Eiffel.
À 15 heures, le ministère de l'Intérieur décomptait 109 tracteurs en région parisienne, dont 46 à Paris et 63 en périphérie. 670 manifestants ont été comptabilisés au total, selon nos informations.
Pourtant, un arrêté de la préfecture de police mercredi soir avait interdit les manifestations dans certaines zones sensibles de la capitale, notamment l'Élysée, Matignon, le Parlement, les ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique, ou le marché de Rungis.
Des tracteurs passés à travers champs
Ces convois d'agriculteurs ont contourné et forcé, "parfois en prenant des risques totalement inconsidérés", les barrages mis en place dans la grande couronne et la petite couronne de Paris, a indiqué le ministère de l'Intérieur. Certains agriculteurs sont parvenus à échapper aux forces de l'ordre en passant à travers champs, a expliqué une source sécuritaire à BFMTV.
Les forces de l’ordre sont parvenues à contenir beaucoup de tracteurs en banlieue alors qu’ils approchaient de Paris, mais pas tous, vu le nombre élevé de points d’accès la capitale, d'après des sources policières. Selon des agriculteurs sollicités par BFMTV, certains n’ont pas croisé de gendarmes durant leur arrivée dans la capitale.
La préfecture de Police de Paris a indiqué à BFMTV qu'à 14h30, dans le cadre des actions d'agriculteurs, les forces de l'ordre avaient opéré en Île-de-France 11 interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations. Aucune de ces opérations n'a néanmoins eu lieu à Paris. Une centaine de tracteurs a été bloquée par les forces de l'ordre, d'après la préfecture de Police.
Par ailleurs, certains agriculteurs affirment s'être aidés de l'application de navigation Waze. "C'est un super copilote", assure auprès de France info Ludovic Ducloux, coprésident de la CR33. "L'application nous a indiqué de passer par la Porte de Gentilly sur le périphérique, et de là, il n'y avait pas de gendarme. Alors, on s'est dit: on va à la Tour Eiffel. Et c'est passé", explique-t-il.
La CR veut un "moratoire" sur les contrôles
La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, et le président du Sénat, Gérard Larcher, ont reçu des représentants des syndicats dans l'après-midi. Des parlementaires sont venus échanger avec des manifestants ainsi que la ministre de l'Agriculture Annie Genevard qui n'a pas fait de déclaration.
José Pérez, président de la CR du Lot-et-Garonne, a déploré une absence d'engagement après l'échange avec la ministre. "Il n'y a rien du tout, aujourd'hui il faudrait un engagement sur la suppression des normes françaises", a-t-il déclaré à la presse, ajoutant que les agriculteurs ne repartiraient pas "sans réponse". "S'ils rentrent à la maison, ou ils se suicident, ou il y aura la révolution".
La CR demande un "moratoire" sur les contrôles et la suppression des agences environnementales, ainsi que la fin de l'abattage total des troupeaux bovins infectés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), stratégie qui a ravivé début décembre la colère des agriculteurs.
Contre l'accord UE-Mercosur
Les syndicats agricoles sont aussi unanimement contre l'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, qui doit faire l'objet d'un vote des États-membres vendredi à Bruxelles.
La France devrait voter contre, quitte à être en minorité, selon le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, mais la position française définitive sera donnée par le Premier ministre et le Président, selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
La FNSEA et ses alliés des Jeunes agriculteurs, plus en retrait des mobilisations ces dernières semaines malgré des rassemblements dans les territoires, ont appelé ce jeudi matin à un grand rassemblement le 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg, si le traité de libre-échange était signé ce week-end.













