Saint-Ouen: des habitants dénoncent la destruction de 500 logements pour laisser place au village olympique

Un projet à plusieurs centaines de millions d'euros. À Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le plan de rénovation urbaine de deux quartiers populaires, le Vieux Saint-Ouen et la cité Cordon-La Motte-Taupin, lancé par la municipalité, continu d'inquiéter des habitants.
Quelque 500 logements doivent être détruits et 1200 réhabilités pour y créer de nouveaux bâtiments ainsi que des espaces végétalisés. Une politique de rénovation urbaine qui s'inscrit dans l'accueil du village olympique par la ville de Saint-Ouen et dans un objectif de lutte contre le trafic de stupéfiants.
"Mettre le paquet sur le beau"
Le projet, à 350 millions d'euros, concrétisé en janvier dernier avec une enveloppe de 100 millions d'euros promise par l'ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine), a pour objectif de "mettre le paquet sur le beau", expliquait Karim Bouamrane, maire de la commune.
Une opération qui vise également à instiller davantage de mixité dans une ville où le taux de logement social grimpe jusqu'à 80%.
"L'objectif c'est de redescendre un petit peu le nombre de logements sociaux mais d'avoir aussi une mixité. Ce qui va être reconstruit à la place, c'est souvent des logements dédiés aux salariés, les catégories socio-professionnelles intermédiaires, infirmiers, enseignants", détaillait alors Adel Ziane, adjoint délégué à l'aménagement, auprès de l'AFP.
De leur côté, depuis l'annonce de ce plan de rénovation urbaine, les habitants évoquent une absence de concertation et une opération foncière qui vise à "gentrifier de plus en plus" à l'approche des Jeux olympiques de Paris.
Des bâtiments construits il y a plus de 50 ans
Dans ces quartiers, depuis quelques mois, l'incompréhension ne retombe pas. Le logement de Djaouiba Mazef, présidente de l'association de locataires UNLI Cordon-Taupin-La Motte et habitante du quartier, est concerné par cette destruction.
"C'est celui qui est juste en face avec les petits galets sur la devanture. Celui-ci est détruit. Ces immeubles, le 6 et 7 Taupin sont eux aussi détruits", pointe-t-elle du doigt devant la caméra de BFM Paris Île-de-France.
La locataire, qui vit dans un appartement de 76m2 avec vue sur la Tour Eiffel, ne comprend pas le choix de détruire "un immeuble en très bon état" alors que d'autres, non concernés par la destruction, le sont "moins". Pour la municipalité, ces bâtiments "construits il y a de cela 50 ou 60 ans" doivent être aujourd'hui "repensés différemment en termes d'embellissement et de végétalisation".
Lutter contre le trafic de stupéfiants
Autre argument avancé, la lutte contre le trafic de stupéfiants, qui gangrène ces deux quartiers.
"Aujourd'hui, l'ensemble de ces critères font que ces bâtiments créent des espèces d'enclaves où le trafic de drogue peut se développer en bas de tours. Cette ouverture permettra aussi de faciliter le travail des forces de l'ordre", expliquait en janvier dernier, Adel Ziane, adjoint délégué à l'aménagement, au micro de BFM Paris Île-de-France.
Un argument qui ne plait pas à la présidente de l'association des locataires, qui explique ne pas accepter la destruction d'immeubles "pour des raisons de désenclavement et de lutte contre le trafic de stupéfiants".
Des promesses de relogement
La ville a promis le "relogement sans exception de toutes les personnes concernées à Saint-Ouen et ce sans augmentation de loyer", notamment aux docks et dans les futurs logements du village des athlètes des JO.
Mais tous craignent d'être relégués dans des appartements plus petits, avec des charges plus importantes. Et selon Djaouiba Mazef, aucune proposition de relogement n'a été faite aux habitants pour le moment.
Pourtant, la situation presse. À l'approche des Jeux olympiques de Paris, tous doivent quitter leur logement en février 2024. Mais la présidente de l'association des locataires refuse de baisser les bras et un recours a été déposé auprès du tribunal administratif.











