Vin français : faut-il tenir tête à la Chine ?

La France est le premier exportateur européen de vin vers la Chine : 140 millions de litres de vin vendus en 2012. - -
Bruxelles taxe les panneaux solaires chinois. Résultat, Pékin lance une enquête antidumping sur les vins européens. En clair : des mesures restrictives envers les importations de vin de l’Union européenne. Ce qui risque de coûter cher au vieux continent, et surtout à la France : le montant annuel des exportations de vins et spiritueux européens vers la Chine dépasse 1 milliard d'euros. Et le premier exportateur européen vers la Chine est la France, avec 140 millions de litres de vin vendus en 2012, pour un montant de 788 millions de dollars, selon les douanes chinoises.
Le dossier est sensible, au point de pousser François Hollande à demander une « réunion » des 27 pour dégager « une solidarité de point de vue » sur les négociations commerciales avec la Chine.
Les Asiatiques ont la main
Une guerre commerciale entre Chine et Union européenne serait dramatique, parce que le commerce entre eux est considérable : 300 milliards d'euros, c'est la valeur des échanges commerciaux entre le Chine et les 27 pays de l'Union Européenne. La Chine est le principal client de l'Europe, et l'Europe le principal client de la Chine. Mais ce sont bien les Asiatiques qui ont la main, la balance commerciale leur est largement favorable. Dans le détail, en Europe c'est sans surprise l'Allemagne qui profite le plus du marché chinois : 50% de ce que la Chine achète à l'Europe, elle l'achète à l'Allemagne, et principalement des produits automobiles et des machines-outils. La France, elle, est loin du compte : balance commerciale déficitaire de 22 milliards d'euros. Quand la Chine vend 100 produits à la France, elle ne nous en achète que 30. Et parmi eux, l'agroalimentaire est l'un des postes majeurs, d'où l'importance de continuer à vendre notre vins aux Chinois.
« Au jeu d’une guerre commerciale, la Chine perdrait beaucoup »
Faut-il tenir tête à la Chine ? François Godement, professeur à Science Po et spécialiste de la Chine, préconise une action « groupée » : « Je pense que la capacité de résistance européenne est beaucoup plus forte qu’on ne le croit, parce qu’au jeu d’une guerre commerciale, la Chine y perdrait beaucoup. Personne n’y a intérêt, mais les Chinois moins que d’autres. Aucun pays, tout seul, n’a le poids économique pour résister vraiment à une pression chinoise, donc effectivement il y a un intérêt à agir groupés. Ce qui est clair c’est que la Commission européenne a voulu faire un exemple et obliger les Chinois à modifier quelque peu leur manière de faire ; ça n’a rien d’absurde ».
« Les Chinois subventionnent les consommateurs français, c’est formidable ! »
Pour Pascal Salin, économiste à l'Université de Paris-Nanterre, pas question de tenir tête à la Chine : « On reproche aux Chinois de faire des exportations à bas coûts, mais nous devrions être ravis, ça signifie que les Français, s’ils veulent acheter des panneaux solaires, ils ont moins à dépenser. En un sens, ça veut dire que les Chinois subventionnent les consommateurs français, c’est formidable ! Il faudrait accepter cette situation, au lieu de se plaindre continuellement de ce que les Chinois vendent trop ».














