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Pas-de-Calais: le président du département milite pour le développement du chauffage au grisou

BFM Grand Lille Florian Bouhot , Journaliste BFM Régions
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Jean-Claude Leroy, président du Conseil départemental, appelle à exploiter davantage le gaz enfermé dans les mines pour des raisons économiques et environnementales.

Grisou, gaz de mine, gaz de houille... On le connaît sous différents noms. Cette émanation liée à l'extraction du charbon a fait des ravages dans le Pas-de-Calais pendant ses décennies d'exploitation, avec en point d'orgue la mort de 42 mineurs à Liévin, le 27 décembre 1974.

Depuis la fermeture des mines, une importante manne de grisou est restée prisonnière des sous-sols. Le département entend la mettre à profit pour chauffer des habitations du bassin minier à plus grande échelle. C'est ce qu'a annoncé son président, le socialiste Jean-Claude Leroy, en séance plénière lundi.

Cinq puits existent déjà et permettent de répondre aux besoins de 6500 foyers à Béthune. Le Conseil départemental appelle à remettre en service sept puits supplémentaires.

"Un juste retour"

À Avion, le gaz exploité par Gazonor est transformé en électricité. Une production équivalente à celle de dix éoliennes. Jean-Marc Tellier, maire de la commune et vice-président du département, ne souhaite pas s'arrêter là:

"Nous, on veut récupérer la chaleur pour faire un réseau de chaleur sur la commune pour chauffer un quartier complet, le quartier de la République, et qui chaufferait tous les bâtiments publics", explique-t-il ce mercredi sur BFM Grand Lille.

Une délégation de service publique sera lancée sous peu. L'idée n'est pas d'envoyer de nouveau des mineurs dans les sous-sols, tient à précise le maire d'Avion. "Les puits ont été fermés. Il y a des dalles de béton. Gazonor va extraire le gaz. Il n'est pas question de retourner au fond. (...) Chacun sait dans l'histoire du bassin minier les drames qu'a pu causer ce grisou donc aujourd'hui, c'est un juste retour."

150 ans de réserve

Selon le conseil départemental, des réserves de gaz pouvant durer 150 ans sont enfermées dans les sous-sols du bassin minier. Une manne importante alors que les prix d'importation d'énergie sont au plus haut et que la question de la dépendance énergétique de l'Europe, notamment vis-à-vis de la Russie, est discutée.

Comme le démontrent les expériences de Béthune et Avion, les élus n'ont pas attendu la guerre en Ukraine pour réfléchir à l'usage du gaz de mine. Mais Jean-Marc Tellier reconnaît que le conflit a joué un rôle d'accélérateur: "On se rend bien compte aujourd'hui que l'idée commence à intéresser. L'idée a fait son chemin".

L'élu ne voit pas la réouverture de sites miniers comme une source inépuisable d'emplois. Il brandit avant tout "un aspect économique et écologique".

"Si on n'extrait pas ce gaz, il faut le faire échapper (dans l'atmosphère, ndlr). Sans quoi, il y a danger. Avant de l'exploiter en électricité, il était lâché dans la nature. C'est essentiellement du méthane ce gaz." Le dégazage était l'une des missions principales de Gazonor.

Un appel lancé à Emmanuel Macron

Et Jean-Marc Tellier de poursuivre: "Pour l'environnement: (le gaz de mine) est là, autant l'utiliser. On ne va pas chercher du gaz à des milliers de kilomètres, donc ça contribue. Et puis, concernant l'électricité, on est capables de récupérer la chaleur, ce qu'on appelle de l'énergie fatale, pour chauffer la population".

Pour l'heure, le développement de l'exploitation du grisou se heurte à la réforme du code minier, entérinée l'été dernier.

Désormais, "l'article 374-2 renvoie la responsabilité des risques à l'exploitant". Ce que regrette Jean-Marc Tellier. "Ce n'est pas logique que ce soit le dernier arrivé, qui est là pour dégazer pour des questions de sécurité, qui doive supporter le poids de plus de 100 ans d'exploitation minière", déplore l'intéressé.

Le maire d'Avion en appelle à Emmanuel Macron: "On sollicite le président de la République pour régler ce problème".