Un actionnaire accuse EDF d’avoir faussé sa nationalisation

C’est un petit actionnaire qui ne lâche pas EDF. Depuis plusieurs mois, il charge la communication financière de l’entreprise publique dans le cadre de sa nationalisation. Il ne détient que 50.000 actions mais ce n’est pas n’importe qui. Fabien Choné a dirigé le petit opérateur alternatif Direct Energie pendant plus de dix ans. Il a été le seul véritable concurrent à titiller EDF sur le marché des particuliers. Fabien Choné a envoyé plusieurs courriers à l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans lesquels il estime que la communication des résultats d’EDF début 2022 ne reflétait pas la réalité. Il juge qu’elle noircit les comptes pour peser sur le cours de Bourse de l’entreprise et conduit finalement à "fausser" l’OPA de l’Etat.
A ce moment-là, deux évènements majeurs se profilaient. D’abord, les problèmes de corrosion dans les réacteurs avaient été détectés, sans toutefois que l’entreprise ne puisse en mesurer les conséquences financières. Ensuite, la nationalisation d’EDF était inévitable, bien que pas encore annoncée avant les élections présidentielles. Dans ce contexte, EDF a donné une vision "pessimiste et donc trompeuse des résultats à venir de l’entreprise", estime l’ancien patron de Direct Energie, ce qui a conduit à une baisse du cours de Bourse.
Explications. Le 13 janvier 2022, l’électricien dévoile aux marchés l’impact financier des mesures exceptionnelles décidées par le gouvernement. EDF va devoir vendre plus d’électricité nucléaire bon marché à ses concurrents. Cette quantité augmente de 20% (20 TWh) et va lui coûter 8 milliards d’euros, faisant chuter le cours de Bourse de 14%. Dans cette facture, il y a aussi un manque à gagner de 4,5 milliards d’euros car EDF aurait dû vendre cette électricité plus cher. A l’époque, les prix de marché atteignent 257 euros le megawattheure alors que le gouvernement va l’obliger à le vendre à 42 euros à ses concurrents.
Verre à moitié vide
Mais en parallèle, expliquent les différents courriers envoyés à l’AMF, et dont BFM Business a obtenu des copies, EDF ne divulgue pas en totalité l’effet d’aubaine lié à l’envolée des prix de l’électricité. Le groupe doit les répercuter sur la facture de ses clients, conformément à la loi. Même si, en réalité, elle sera indolore pour le consommateur, puisque "absorbée" par le bouclier tarifaire mis en place par l’Etat.
"EDF a présenté un manque à gagner […] alors qu’il n’a pas présenté l’effet d’aubaine", dû à l’envolée des prix, explique Fabien Choné. Il l’estime à 15 milliards d’euros alors que le groupe ne le chiffre qu’à 6 milliards d’euros en janvier 2022 puis à 8,7 milliards d’euros en juillet 2022. Pour lui, la communication financière n’est pas complète et EDF s’est contenté de présenter le verre à moitié vide.
"EDF s’est bien gardé de communiquer sur cet effet d’aubaine […] et s’en suit une interprétation très pessimiste et donc trompeuse des résultats de l’entreprise", ajoute-il dans son courrier du 7 novembre dernier.
L’ancien patron de Direct Energie envoie ce courrier à un moment clé. Le lendemain, l’Autorité des marchés financiers doit se prononcer sur la validité de la nationalisation d’EDF. Elle accordera finalement son feu vert deux semaines plus tard.
Bercy et EDF minimisent
Ces courriers ont fait du bruit chez EDF et à Bercy. L’Agence des participations de l’Etat lui a répondu le 14 novembre 2022, expliquant que ce qu’il appelle "l’effet d’aubaine" de la hausse des prix de l’électricité "existe et a été communiqué aux marchés" mais précise qu’il a été de 9 milliards d’euros, comme l’a assuré EDF à BFM Business. Ils démentent l’estimation de Fabien Choné de 15 milliards d’euros.
Tableau de calculs à l’appui, l’intéressé n’en démord pas dans ses trois courriers. Et charge EDF d’avoir pesé sur son cours de Bourse juste avant sa nationalisation. "Il apparait alors que l’OPA lancée par l’Etat français, dans la mesure où le prix proposé est largement déduit des cours de bourse récents correspondant à cette période [début 2022, ndlr], est manifestement faussé", écrit-il à l’AMF. Débat de chiffres et de communication financière? EDF prévoyait fin octobre dernier un manque à gagner de 16 milliards d’euros pour 2022. Fin décembre, lors de la clôture des comptes annuels, la baisse des marges ne s’est finalement établi qu’à 5 milliards d’euros. Un redressement spectaculaire en seulement deux mois alors que les prix ont peu évolué.











