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Swift, actifs paralysés: l'Europe et ses alliés veulent sanctionner encore plus durement la Russie

BFM Business Paul Louis avec AFP , Journaliste BFM Eco
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L'Union européenne et ses alliés ont présenté samedi soir de nouvelles sanctions contre Moscou. Plusieurs banques russes vont être débranchées du système de messagerie interbancaire Swift. L'UE entend par ailleurs "paralyser les actifs de la banque centrale russe".

Les Occidentaux passent à l'offensive. Samedi, l'Union européenne et ses alliés ont présenté une nouvelle volée de sanctions financières contre Moscou après l'invasion de l'Ukraine. A commencer par l'exclusion de nombreuses banques russes de la plateforme interbancaire Swift, rouage essentiel de la finance mondiale.

Dans une déclaration commune, la Maison Blanche a déclaré que les leaders de la Commission européenne, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Royaume-Uni, du Canada et des États-Unis étaient résolus "à continuer d'imposer des coûts à la Russie qui l'isoleront davantage du système financier international et de nos économies".

"Nous nous engageons à exclure une sélection de banques russes du système de messagerie Swift", des mesures qui seront prises "dans les jours qui viennent", a ajouté la Maison Blanche.

Swift, acronyme de Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, est l'un des plus importants réseaux de messagerie bancaire et financière du monde. Il est notamment à l'origine du code BIC, qui permet d'identifier une banque via un code unique composé de 8 à 11 caractères, prenant en compte le nom de la banque, son pays d'origine, sa localisation et l'agence ayant traité l'ordre en question.

Quelles conséquences pour la Russie?

Mis en oeuvre pour remplacer la technologie vieillissante du Télex, Swift assure plusieurs tâches: transit des ordres de paiement entre banques, ordres de transferts de fonds de la clientèle des banques, ordres d'achat et de vente de valeurs mobilières, etc. Le tout grâce à des messages standardisés, permettant une communication rapide, confidentielle et peu coûteuse entre établissements financiers. La société met en avant sa fiabilité sur son site internet et revendique "plus de 11.000 organisations bancaires et de titres, infrastructures de marché et entreprises clientes dans plus de 200 pays et territoires".

Dans un communiqué, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, affirme que l'exclusion de banques russes de Swift "empêchera" ces établissements "d'effectuer la plupart de leurs transactions financières mondiales. Par conséquent, les exportations et importations russes seront bloquées".

Selon le site de l'association nationale Rosswift, la Russie serait le deuxième pays après les États-Unis en nombre d'utilisateurs avec quelque 300 banques et institutions russes membres du système. Plus de la moitié des organismes de crédit russes sont représentés dans Swift, est-il précisé par cette source. Moscou met cependant en place ses propres infrastructures financières, que ce soit pour les paiements (cartes "Mir", voulues comme l'équivalent de Visa et Mastercard), la notation (agence Akra) ou les transferts, via un système baptisé SPFS.

Tactiquement, "les avantages et les inconvénients peuvent se discuter", estime Guntram Wolff, directeur du centre de réflexion Bruegel. Couper l'accès d'une banque au réseau Swift, c'est lui interdire de recevoir ou d'émettre des paiements par le biais de ce canal. Par ricochet, c'est aussi interdire à des établissements étrangers de commercer avec cette banque. Or sortir un pays aussi important que la Russie pourrait accélérer le développement d'un système concurrent, avec la Chine par exemple. Le système Swift a d'autant plus d'efficacité que tout le monde y participe.

L'UE veut "paralyser les actifs de la banque centrale russe"

Au-delà de l'exclusion de banques russes du système Swift, l'Union européenne a décidé d'empêcher Vladimir Poutine "d'utiliser son trésor de guerre". "Nous allons paralyser les actifs de la Banque centrale russe. Cela gèlera ses transactions financières. Et rendra impossible la liquidation de ces actifs", a indiqué Ursula von der Leyen.

Ces mesures visent à empêcher Vladimir Poutine d'utiliser les 630 milliards de dollars (559 milliards d'euros) de réserves en devises de la banque centrale pour envahir l'Ukraine et défendre le rouble.

Enfin, "nous travaillerons pour interdire aux oligarques russes, d'utiliser leurs actifs financiers sur nos marchés", a poursuivi la présidente de la Commission européenne. Et de conclure:

"Toutes ces mesures affaibliront de manière significative la capacité de Poutine à financer sa guerre. Elles dégraderont petit à petit son économie. Poutine s'est embarqué dans la voie de la destruction de l'Ukraine, mais se faisant, il détruit l'avenir de son pays".