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Coupures d'électricité: le système peut-il s'effondrer et conduire à un black-out?

BFM Business Timothée Talbi
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Alors que le premier signal EcoWatt orange de l'hiver pourrait éventuellement être activé demain pour la journée de lundi, les coupures ne sont pas complètement exclues pour le début d'année 2023. Mais qu'en est-il du risque de black-out?

Ce vendredi s'annonce comme une journée décisive pour le réseau électrique français et ce, pour deux raisons. Il pourrait tout d'abord voir activée la première alerte Ecowatt orange de l'hiver pour la journée de lundi qui cumulera températures faibles et haut niveau de consommation, générant des tensions sur le réseau électrique. D'autre part, RTE et Enedis vont réaliser un test à l'échelle nationale afin de simuler les opérations de délestages qui pourraient survenir durant l'hiver.

Si ces coupures volontaires et organisées sur l'ensemble du territoire national ne sont pas à écarter en ultime recours en cas de forte tension sur le réseau électrique, le risque de black-out est quant à lui complètement nul d'après RTE. Le gestionnaire du réseau de transport d'électricité l'affirme depuis la rentrée: "En aucun cas, la France ne court un risque de "black-out", c’est-à-dire de perte de contrôle totale du système électrique. RTE dispose des moyens de sauvegarde du système électrique appropriés et proportionnés en fonction de l’ampleur d’un éventuel déséquilibre." 

Un déficit énergétique limité à 1% dans le pire scénario

Concrètement, même une accumulation maximale des différents aléas négatifs ne pourrait conduire la France à une situation de black-out. La pire des situations consisterait en une météo particulièrement froide, comme durant l'hiver 2010-2011, à laquelle s'ajouterait un scénario dégradé à plusieurs niveaux avec un plan de sobriété énergétique aux effets insuffisants, une pénurie européenne de gaz qui affecterait le fonctionnement des centrales et les imports d'électricités ou un contexte de production nucléaire extrêmement dégradée. "Dans ce scénario, le déficit en énergie serait au maximum de 1% à l’échelle de l’hiver", estime RTE.

Le gestionnaire du réseau de transport électrique insiste donc sur la faiblesse des volumes potentiellement coupés à l'échelle de l'hiver et qui ne sauraient constituer une situation de pénurie généralisée ou un black-out. En amont du ratio de 1% correspondant au scénario dégradé, le scénario central de l'étude de RTE évoque un volume d'électricité non distribué représentant environ 0,1% de la consommation entre octobre et mars, soit 0,3 TWh.

De multiples leviers avant même de simples délestages

Non seulement le black-out est dans l'état actuel inenvisageable mais les délestages eux-mêmes pourraient tout à fait ne pas survenir sous certaines conditions. Le plan de délestage est précisément "une procédure de dernier ressort et activée pour empêcher l’écroulement du système («black-out»)." Mais avant même d'en arriver à la mise en place de ces coupures de deux heures réparties sur tout le territoire de manière tournante, RTE dispose de plusieurs moyens de sauvegarde. Pour rappel, RTE établit un effort collectif nécessaire pour éviter le recours au délestage qui est inférieur à 5% dans la majorité des cas de signal Ecowatt rouge mais qui peut monter à 15% si les conditions météorologiques s'avèrent extrêmes.

"Dans ce "scénario du pire", l’émission du signal serait au maximum de 20 à 30 jours sur les six prochains mois", précise le gestionnaire.

Tout d'abord, les grands sites industriels pourraient être invités à effacer un certain volume de consommation dans le cadre du dispositif de l'interruptibilité. Le second levier est la réduction d'environ 5% de la tension sur les réseaux publics de distribution laquelle peut permetttre d'économiser 3 à 4 GW sur quelques heures en ciblant certains appareils électriques comme le chauffage, l'éclairage ou les plaques de cuisson. En d'autres termes, la France n'est pas prête de renouer avec le black-out, près de 44 ans après le dernier épisode en date qui avait touché pratiquement tout l'Hexagone à la suite d'un incident dans l'est du pays.