Ancien liquidateur d'Enron, celui qui s'occupe de la faillite de FTX n'avait jamais vu ça dans sa carrière

John J. Ray III impose déjà son style. Prenant ses fonctions dès le vendredi matin pour remplacer Samuel Bankman-Fried (SBF) à la suite de la faillite de FTX, John J. Ray III, a fait des déclarations fracassantes dans un nouveau document judiciaire déposé jeudi auprès d'un tribunal des faillites du Delaware. John J. Ray III n’est pas n’importe qui: fort de 40 ans d’expériences, l'homme a notamment dirigé différentes restructurations d’entreprises et supervisé certaines liquidations liées à des scandales financiers dont l'affaire bien connue d'Eron qui a éclaté en 2001.
"Je n'ai jamais vu un échec aussi complet"
"Jamais dans ma carrière je n'ai vu un échec aussi complet des mécanismes de contrôle d'une entreprise et une absence aussi flagrante d'informations financières fiables comme cela s'est produit", a déclaré ce dernier.
"De l'intégrité compromise des systèmes et de la surveillance réglementaire défectueuse à l'étranger à la concentration du contrôle entre les mains d'un très petit groupe d'individus inexpérimentés, peu avertis et potentiellement corrompus, cette situation est sans précédent", peut-on lire.
Par ailleurs, le document fait état des liens étroits entre Alameda Research et FTX, les deux entités fondées par SBF, qui étaient censées être distinctes. Par exemple, on apprend que la société Alameda Research a prêté 3,3 milliards de dollars à SBF, plus précisément 2,3 milliards à la société Paper Bird détenue par SBF et un prêt accordé directement à SBF de 1 milliard de dollars. De même, la "fair values" des cryptomonnaies détenues par FTX est de 659.000 dollars alors que SBF avait parlé de 5,5 milliards de dollars.
Pas de comptabilité
Alors qu'il y a encore une semaine FTX était valorisée 32 milliard de dollars, le document révèle que la société ne disposait même pas d'un service de comptabilié, tout étant "externalisé". De même, la société n'avait pas une gestion centralisée de sa propre trésorerie.
"Le Groupe FTX n'a pas maintenu un contrôle centralisé de sa trésorerie. Les défaillances des procédures de gestion de trésorerie comprenaient l'absence d'une liste précise des comptes bancaires et des signataires des comptes, ainsi qu'une attention insuffisante à la solvabilité des partenaires bancaires dans le monde", peut-on lire.
Des maisons achetées aux Bahamas
De même, alors que FTX est soupçonnée d'avoir utilisé les fonds de ses clients pour venir en aide à Alameda Research au printemps dernier, on apprend que les fonds des clients auraient également été utilisés par plusieurs employés pour se payer des maisons aux Bahamas.
"Je comprends que les fonds de la société FTX Group ont été utilisés pour acheter des maisons et d'autres biens personnels par les employés et les conseillers", précise le document.
"Je n'ai pas confiance en ce bilan"
Pour rappel, en l’espace de quelques jours, le géant FTX a fait faillite, laissant plus d’un million d’utilisateurs en détresse et sans certitude de revoir un jour leurs fonds. Pour FTX, la situation semble s'être dégradée au printemps dernier, lorsque Alameda Research a subi une série de pertes liées à des transactions durant le crypto-krach, notamment lorsque SBF se faisait passer pour un "sauveur" de l'écosystème. FTX aurait prêté jusqu’à jusqu'à 10 milliards de dollars à Alameda, alors que cette dernière disposait de plus de 20 milliards de dollars d'actifs.
Selon le document judiciaire, Alameda Research disposerait d'un actif total de 13,46 milliards de dollars aujourd'hui.
"Etant donné que ce bilan n'a pas été audité et qu'il a été produit alors que les débiteurs étaient contrôlés par M. Bankman-Fried, je n'ai pas confiance en ce bilan", déclare John J. Ray III.
"F*** les régulateurs"
Depuis sa nomination, John J. Ray III explique travailler sans relâche avec de nombreux conseillers, et notamment une société de cybersécurité confidentielle "pour sécuriser les actifs des débiteurs". Il s'est entretenu avec différentes autorités qui ont FTX dans le viseur, notamment Ia Securities and Exchange Commission (la SEC, le gendarme financier américain) ou encore le Congrès américain.
Par ailleurs, alors que SBF tweete à tout va sur son humeur et la santé financière de FTX, John J. Ray III a précisé que SBF ne parlait plus au nom de la société. Tout est dit.
"Samuel Bankman-Fried, actuellement aux Bahamas, continue à faire des déclarations publiques eronnées et trompeuses. M. Bankman-Fried, dont les liens et les avoirs financiers aux Bahamas ne sont pas clairs pour moi, a récemment déclaré à un journaliste sur Twitter "F*** les régulateurs qui empirent tout"', peut-on lire.












