Bas-Rhin: un ancien entraîneur de basket jugé pour plusieurs viols sur des joueuses mineures

La balance d'une statue de la déesse de la Justice, au Palais de Justice de Rennes, le 19 septembre 2017 - LOIC VENANCE
"J'ai pleuré pendant tout l'acte". Quatre jeunes filles, qui accusent leur ancien entraîneur de basket de viols, agressions sexuelles et atteinte sexuelle lorsqu'elles étaient mineures, ont témoigné avec émotion, ce mardi 2 juillet, devant la cour criminelle du Bas-Rhin.
C'était "d'abord un câlin, puis un bisou et les agressions ont commencé", a raconté l'une de ces jeunes filles, qui a connu l'accusé alors qu'elle était en classe de 5e. Il était alors surveillant dans son collège avant qu'il ne devienne son entraîneur de basket à Duttlenheim (Bas-Rhin).
Une "emprise" et "un bourrage de crâne"
Elle a décrit des pénétrations digitales subies pendant neuf mois avant une pénétration avec son pénis, chez lui, un viol "hyper violent", qui a provoqué d'importants saignements, à tel point qu'elle s'est rendue juste après chez une amie pour prendre une douche, expliquant à celle-ci qu'elle avait eu ses règles.
"J'ai pleuré pendant tout l'acte, je saignais, je lui ai dit plusieurs fois que je ne voulais pas", a déclaré une autre jeune fille, décrivant un viol l'été où elle passait de la 4e à la 3e. Il avait le double de son âge.
Elle préfère alors "tout enfouir" et n'en parle que lorsqu'elle est entendue par les enquêteurs à la suite d'une plainte d'une joueuse en mars 2021.
"J'avais hyper honte et je culpabilisais. Je me disais que si je n'en parlais pas, c'était comme si ça n'avait pas existé", a-t-elle justifié mardi. Une troisième joueuse du même club se décrit "sous emprise".
"Il me répétait: 'Je suis sûr que tu es amoureuse de moi'. Je n'avais jamais été amoureuse, jamais eu de petit ami, je me suis dit qu'il avait peut-être raison", a-t-elle témoigné.
"Il me disait toujours: 'tu feras toutes tes premières fois avec moi'. À chaque fois, je lui disais 'non'", se rappelle une quatrième jeune fille, évoquant un "bourrage de crâne".
Un homme devenu leur confident
Elle accuse le trentenaire de viols en 2015, lorsqu'elle avait 14 ans et qu'il l'entraînait dans un club de Bergerac, en Dordogne.
Les quatre parties civiles, dont le point commun était leur inexpérience et leur jeune âge au moment des faits, ont décrit un homme qui s'était progressivement rapproché d'elles, devenant leur confident et les invitant chez lui.
Lors de l'instruction, l'accusé a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec les adolescentes, qui avaient 13 et 14 ans et étaient vierges au début des faits, mais a affirmé qu'elles étaient consentantes.
Les faits se sont déroulés entre 2015 et 2021, majoritairement à son domicile. En mars 2021, une première joueuse avait porté plainte, déclenchant d'autres plaintes.
L'accusé évoque "un manque de confiance en lui"
Interrogé mardi matin sur sa personnalité, l'accusé a expliqué souffrir d'un "manque de confiance en (lui)" en raison d'un bec-de-lièvre qui lui a valu des moqueries, enfant.
"J'ai toujours eu besoin des autres pour exister", a déclaré le trentenaire au casier judiciaire vierge, qui comparaît libre lors de ce procès à huis clos partiel.
"Il suffisait qu'on me dise quelque chose de gentil pour que je tombe amoureux" a-t-il affirmé.
"Est-ce que l'une de vos partenaires n'était pas vierge?", l'interroge Mélissa Yesilgul-Sayar, avocate d'une partie civile. Il en mentionne une. "Est-ce que l'une de vos partenaires n'était pas une de vos joueuses"? Il cite le même nom. "Combien de partenaires avez-vous eues?" Il réfléchit longuement avant de répondre: "huit ou neuf".
Le matin, une enquêtrice de personnalité avait expliqué qu'il s'était présenté comme "timide" et "stressé", des traits de caractère qu'elle n'avait "absolument pas" sentis lors de leur entretien. Elle a aussi qualifié de "théâtrale" sa manière de raconter sa vie.
Aujourd'hui animateur dans un Ehpad et dans un hôpital, l'accusé attend un enfant avec sa compagne, rencontrée en avril 2023. Il sera interrogé sur les faits ce mercredi 3 juillet, dernier jour prévu de son procès. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.














